« Ennemis Mortels »

Pascal Blanchard, historien et codirecteur du Groupe de recherche Achac introduit le nouvel ouvrage d’Olivier Le Cour Grandmaison. Maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris-Saclay-Evry-Val-d’Essonne, il est l’auteur, notamment, de Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’État colonial (Fayard, 2005), La République impériale. Politique et racisme d’État (Fayard, 2009), De l’indigénat. Anatomie d’un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’empire français (Zones/La Découverte, 2010) et L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies (Fayard, 2014). Son dernier ouvrage « Ennemis Mortels » Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale sort le 17 octobre 2019 aux Éditions La Découverte.

Aujourd’hui en France, notamment, l’islam occupe une place pour le moins singulière. Beaucoup de nos contemporains estiment, en effet, que cette religion et les musulmans font peser des risques majeurs pour l’identité et la sécurité nationales. Certains y voient même une menace existentielle pour le pays. Prenant du champ avec cette actualité, pour mieux y revenir parfois, Olivier Le Cour Grandmaison étudie, dans son dernier ouvrage « Ennemis Mortels » Représentations de l’islam et politiques musulmanes en France à l’époque coloniale (La Découverte, 2019), les représentations de cette religion et des musulmans élaborées de la fin du XIXe siècle jusqu’à la guerre d’Algérie par les élites académiques, scientifiques, littéraires et politiques.

Professeurs prestigieux, médecins réputés, écrivains célèbres, responsables politiques majeurs et hauts fonctionnaires coloniaux, auxquels s’ajoutent des juristes et des spécialistes de psychologie ethnique, ont ainsi consacré à l’islam et à ses adeptes de très nombreux ouvrages et articles alors que la France est devenue, entre 1885 et 1913, la « troisième puissance musulmane » du monde et la seconde puissance impériale. De cette situation inédite, les républicains et leurs alliés sont très fiers puisqu’ils ont réussi là où tous leurs prédécesseurs ont échoué.

S’appuyant sur ces sources diverses sans oublier des manuels destinés à un public scolaire, Olivier Le Cour Grandmaison analyse avec précision et finesse l’élaboration puis la diffusion d’une islamophobie savante constitutive d’un véritable « régime de vérité » (Michel Foucault) longtemps dominant en dépit des critiques parfois vives formulées à l’époque par certains. L’islam est ainsi conçu comme un bloc homogène et rétif à toute transformation. Ce pourquoi cette religion est alors un obstacle à l’expansion de la civilisation française.

Quant au « musulman », il devient un tout Autre, incapable de progrès durables ce qui est au principe de son infériorité et de sa dangerosité polymorphe. Dangereux, il est supposé l’être pour l’ordre colonial, la sécurité des biens et des personnes, et la sécurité sanitaire. De même en métropole lorsqu’il est immigré, en raison des sexualités coupables qui lui sont imputées – hypersexualité et homosexualité – et des maladies vénériennes qui l’affectent, il est à la marge. Dangereux, il l’est aussi pour l’ordre moral. L’ensemble a légitimé des politiques coloniales particulièrement répressives, des dispositions exorbitantes du droit commun, des atteintes systématiques aux droits et libertés fondamentaux et un État colonial conçu comme État d’exception permanent.  Un ouvrage pour comprendre le passé et porter un autre regard sur le présent.

 

Olivier Le Cour Grandmaison présentera son livre :

- jeudi 17 octobre 2019, dans le cadre de la Nuit des débats, à 19 heures à la librairie La Petite Egypte, 35 rue des Petits Carreaux, 75002, Paris. 

- mercredi 23 octobre 2019 à 19 heures au Lieu-Dit, 6 rue du Sorbier, 75010, Paris, 

- samedi 26 octobre 2019 à 18 heures à la librairie Résistance, 4 villa Compoint, 75017, Paris. 

- mercredi 6 novembre 2019 à 19 heures au Café Tata-Monique, 18 rue Laplace, 75005, Paris. 

- vendredi 8 novembre 2019 à 18 heures 30, Université populaire de Givors, salle Rosa Parks, Maison du fleuve Rhône, Place de la Liberté, Givors, 69700.