Critique de l’ouvrage « Histoire des Blancs » de Nell Irvin Painter

Dans son ouvrage Histoire des Blancs (Max Milo, 2019), l’historienne africaine-américaine Nell Irvin Painter, professeure émérite à l'université de Princeton et membre de la prestigieuse Société américaine d'histoire, explore le concept de race depuis l’Antiquité jusqu’à l’élection de Barack Obama. Déconstruisant la notion d’une race blanche universelle inventée au XVIIIe siècle, elle explique la nature changeante et instable de ce terme en lui attachant un caractère social et culturel. L’anthropobiologiste Gilles Boëtsch, directeur de recherche émérite au CNRS, signe une critique de ces travaux de recherche novateurs.

 

L’ouvrage de Nell Irvin Painter (Histoire des blancs, Max Milo Éditions, 2019) est un travail scientifique de grande qualité. L’auteure, professeure d’Histoire à l’Université de Princeton, a déjà travaillé sur l’histoire des Africains-Américains en Amérique du début du XVIIe siècle à nos jours. Pour élaborer sa recherche sur la construction du concept de « race » blanche, elle s’est intéressée à la « racialisation » de l’Humanité ainsi qu’à l’histoire de l’anthropologie physique.

 

Il est vrai que dans l’histoire humaine, les esclaves étaient au bas de l’échelle sociale, des dominés absolus, que l’on retrouve dans toutes les parties du monde.
Si dans l’Amérique, le statut d’esclave est associé à la couleur noire de leur peau, il n’en est pas de même ailleurs. Le concept de race n’est pas un concept biologique dans l’espèce humaine, mais renvoie à toutes sortes de catégories : sexe, classe sociale, esthétique….

 

En tous cas, il reprend vigueur, non seulement aux États-Unis depuis l’élection de Donald Trump, mais aussi en France dans les mouvements sociaux actuels comme dans les discours. Même si le travail de Nell Irvin Painter est résolument tourné vers la question des différentes migrations des populations européennes à destination des États-Unis, elle montre avec efficacité que la construction du concept de « Blanc » n’était pas une donnée d’intelligibilité immédiate, en particulier vu par les différentes administrations américaines.

 

Pour eux, si la population « noire » descendante d’esclaves venus d’Afrique a constitué une entité homogène à laquelle on a, au cours du temps, rajouté les mulâtres au nom de la « goutte de sang », la population blanche est très hétérogène. Les descendants de Saxons (Anglais) ne seraient pas de même nature dans leur « blanchitude » que les descendants de Celtes (Irlandais) ou de Latins (Italiens) ou de Slaves (Russes). Quant aux Japonais et aux Mexicains, c’est une autre histoire identitaire à construire (ou plutôt à déconstruire).

 

Finalement, l’auteur montre bien que c’est le social qui est l’élément intégrateur. Les Italiens très mal traités intégreront la communauté « blanche » au rythme de leur enrichissement individuel et familial. Ce principe atteint aujourd’hui l’ensemble de la société américaine ; peu importe la couleur de la peau du moment que l’on est riche, beau et/ou célèbre.

 

Découvrir l’ouvrage : https://www.maxmilo.com/produit/histoire-des-blancs/

 

Pour aller plus loin :

- Interview de Nell Irvin Painter, publiée par Le Point, le 07/02/19 :

 https://www.lepoint.fr/monde/nell-irvin-painter-le-racisme-perdure-car-il-a-un-but-social-07-02-2019-2292193_24.php

- « Whiteness studies » : il était une fois les Blancs… publié par Libération, le 24/02/19 :

https://www.liberation.fr/debats/2019/02/24/whiteness-studies-il-etait-une-fois-les-blancs_1711379