Questions à Clemens Radauer

Clemens Radauer, anthropologue social spécialiste d’histoire culturelle, spécialiste de la photographie en lien avec les zoos humains et collectionneur, a prêté plusieurs pièces personnelles pour l’exposition Zoos humains. L’invention du sauvage, présentée jusqu’au 30 décembre 2018, au mémorial ACTe (Pointe-à-Pitre, Guadeloupe). Dans un entretien avec le Groupe de recherche Achac, il revient sur la constitution de sa collection.

 

D’où vous vient cet intérêt pour l’histoire des zoos humains ?

Il y a plusieurs raisons. Pour moi c'est incroyable qu'un phénomène, qui était très répandu et populaire à l'époque, soit tombé dans l'oubli. Les zoos humains sont un morceau de l'histoire du monde entier - ils véhiculaient des stéréotypes et des préjugés racistes dans la société occidentale. À une époque où la majorité du grand public n’avait pas l'opportunité de voyager, les zoos humains permettaient de rencontrer des gens issus de pays lointains. Ces premières interactions entre les « exhibés » et les « visiteurs » m'intéressent beaucoup, de même que l'influence des zoos humains sur la culture européenne.

 

Comment avez-vous constitué votre collection ? Vous souvenez-vous de votre première acquisition ?

Bien sûr je m'en souviens... ma première acquisition était un carnet d'un groupe de Kalmouks qui a fait le tour de l'Europe en 1884. Je l'ai acheté par chance - avant cette acquisition je ne savais pas ce qu’étaient les zoos humains. J’étais alors étudiant en ethnologie et je m’intéressais aux peuples habitant la Russie. Lorsque je suis tombé sur la brochure sur internet, je l’ai achetée. À l'époque, j'étais en train de chercher un sujet pour mon mémoire et, après cet achat, j'ai choisi les zoos humains. J'ai acheté quelques cartes postales en tant qu'illustrations pour mon mémoire et c'est ainsi que ma collection a commencé.

 

Qu’avez-vous appris en constituant cette collection ?

Qu'il y a vraiment beaucoup d’objets liés aux zoos humains !

 

Quels sont les pans de cette histoire les moins documentés ?

À mon avis, les histoires personnelles des « exhibés » sont les moins documentées car la plupart du temps on ne connait même pas les noms des individus. L’existence de relations sexuelles entre les « exhibés » et les « visiteurs » sont également très peu sues, de même que l'influence des zoos humains sur la culture européenne. Pourtant, les artistes (peintres, musiciens et écrivains) se sont souvent inspirés des cultures étrangères et, par conséquent, des zoos humains.

 

Y-a-t-il une image que vous cherchez « désespérément » et n’avez toujours pas trouvée ?

Il n'y a pas d'image particulière que je cherche désespérément. Bien sûr, il y des objets plus désirables selon mes intérêts personnels. Je suis par exemple toujours à la recherche des photos privées uniques, des photos qui montrent l'interaction entre les « exhibés » et les « visiteurs » ou des carnets des zoos humains. Jusqu’à présent, je n’ai pas encore pu acheter de photos prises par Roland Bonaparte ou Carl Günther, qui étaient parmi les premiers photographes des zoos humains. On en trouve parfois dans les ventes aux enchères, mais elles sont très chères. Un jour, peut-être...

 

Pour aller plus loin : Visite commentée de l’exposition Zoos humains. L’invention du sauvage au Mémorial ACTe par Clemens Radauer.