Étrangers au Maghreb. Maghrébins à l’étranger

Riadh Ben Khalifa est maître-assistant en histoire contemporaine à l’Université de Tunis. Il s’intéresse à l’histoire de la justice en France pendant la Seconde Guerre mondiale et à la Libération ainsi qu’à l’histoire de la migration méditerranéenne. Il a publié, entre autres, Délinquance en temps de crise : « l’ordinaire exceptionnel » devant la justice correctionnelle des Alpes-Maritimes (1938-1944) (Honoré Champion, 2015). Dans cette tribune, il présente l’ouvrage Étrangers au Maghreb. Maghrébins à l’étranger (XVIIe-XXIe siècles) : encadrement, identités et représentations qu’il a coordonné et publié en octobre 2017 chez IRMC-Karthala.

Notre rencontre internationale « Étrangers au Maghreb. Maghrébins à l’étranger (XVIIe-XXIe siècles) : encadrement, identités et représentation », qui s’est déroulée à Tunis les 12 et 13 mars 2015, a été l’aboutissement d’une dynamique de réflexion collective au sein du laboratoire de recherches : « Histoire des économies et des sociétés méditerranéennes » (HESM). Elle s’appuie également sur des expériences individuelles et sur une ouverture de notre structure à des partenariats. Ont contribué à cet ouvrage des chercheurs venant de Belgique, de France, d’Italie, du Maroc et de la Tunisie.

Le contexte méditerranéen depuis 2011 favorise les réflexions autour de ce thème de recherche à cause de l’accélération des flux d’immigration irrégulière, de l’approche sécuritaire adoptée par l’Europe et de la mise en exergue des problèmes liés aux droits des migrants par la société civile. Nous avons interrogé la migration méditerranéenne comme expériences de vie et de rapports dialectiques entre les pouvoirs et les sociétés des pays de départ, de transit et d’arrivée. Trois axes principaux structurent le livre : contrôle des flux, accueil et surveillance des migrants ; migrations : quête identitaire, sociabilité et transferts culturels ; représentation de l’Autre et de soi.

D’une part, nous avons constaté que la mobilité, prise sous l’angle des trajectoires individuelles et collectives, fonctionne dans un cadre normatif bien défini. Les restrictions imposées aux migrants par les États engendrent des transgressions de l’arsenal législatif, un développement de réseaux mafieux et, à l’inverse, des solidarités avec des migrants placés de fait dans l’illégalité. Par ailleurs, les expériences nationales en matière de gestion des migrations sont régulièrement l’objet de débats publics.

D’autre part, les recompositions géostratégiques et les changements des régimes politiques sont de nature à faire perdurer le débat autour du lien intrinsèque entre migration et identité. L’immigration est souvent perçue comme une menace, non seulement pour la sécurité et le marché du travail, mais aussi pour l’identité. Cette conviction, largement partagée, développe paradoxalement des formes de rejet et de racisme dans un espace où la mobilité est consubstantielle à son histoire.

Le contact avec l’Autre, en contexte migratoire, favorise l’échange culturel et incite les individus à s’interroger sur leur identité et à la recomposer. L’attachement à la culture d’origine, l’intégration et l’assimilation sont les principaux vecteurs de ce processus de réflexion qui implique aussi bien les indigènes que les allogènes. Dans ce cheminement d’idées, les questions inhérentes au vivre ensemble, à la dignité, aux valeurs démocratiques et à la solidarité humaine alimentent le débat autour de la mobilité méditerranéenne.