Les années 50. Et si la Guerre froide recommençait ?

La Guerre froide est-elle de retour ? À l’heure où le monde se demande si le choc entre la Corée de Kim et l’Amérique de Trump va entraîner le monde dans une nouvelle ère atomique, où la Russie de Poutine affiche sans complexe ses velléités impérialistes et ses méthodes d’un autre temps, l’ouvrage Les années 50. Et si la guerre froide recommençait ? apporte des clés de compréhension nouvelles. Co-écrit par Pascal Blanchard, historien, Farid Abdelouahab, historien de l’art, et Pierre Haski, journaliste et président de Reporters sans frontières, le livre met en miroir les années 50, ce temps de la Guerre froide et des décolonisations, et le temps présent à l’aide de nombreuses iconographies, et retrace en images l’histoire mondiale d’une époque charnière. Découvrez en exclusivité un extrait de l’introduction du livre avant sa parution, le 5 avril 2018, aux éditions de La Martinière.

 

Les crises mondiales qui se succèdent n’impliquent jamais les mêmes conséquences. L’histoire ne se répète pas… mais des contextes identiques peuvent nous aider à mieux comprendre le présent et les enjeux de notre temps. La crise des années 30, que nous avons étudiée en profondeur dans un livre précédent, caractérisée par l’apogée d’une montée des populismes et des extrémismes, a conduit à un conflit unique dans l’histoire universelle. Depuis quelques mois, Donald Trump et Vladimir Poutine sont face à face, et les crises en Corée, en Syrie ou en Iran peuvent être à l’origine d’un nouveau conflit susceptible d’embraser le monde. Tout donne à penser qu’une nouvelle Guerre froide est en cours. Éternel recommencement ?

Le XXIe siècle a vu émerger une nouvelle superpuissance, la Chine, et la concurrence manifeste avec les États-Unis marquera durablement l’avenir. Cette situation redessine les enjeux du monde, comme en 1949 après la victoire de Mao Zedong sur les nationalistes repliés à Formose ou lorsque Pékin a pris la tête, en 1955, des non-alignés à la conférence de Bandung. L’Amérique se prépare à un affrontement qui mettra en péril son leadership mondial. Le bras de fer continuel entre Vladimir Poutine et l’Europe, la crise en Ukraine rappellent aussi la situation conflictuelle des années 50. Hier, les États-Unis plaçaient des dictatures en Amérique latine et désignaient les régimes forts au Moyen-Orient ; aujourd’hui, ils interviennent militairement pour assurer leur leadership ; hier encore, l’URSS jouait des puissances du tiers-monde pour contrecarrer Washington ; aujourd’hui, les alliances sont tous azimuts (en Syrie, en Chine, en Turquie ou en Iran) pour maintenir le rôle de grande puissance de la Russie.

Tout change, rien ne change. Certes, le temps des espions n’est plus, ce sont désormais des hackers qui font et défont l’ordre mondial, influencent une élection présidentielle en Amérique ou livrent via WikiLeaks des secrets de nature diverse. Le temps de l’affrontement est de retour. La peur était partout, atomique notamment, depuis que les Soviétiques avaient acquis la bombe en 1949. Des brochures sont alors distribuées aux États-Unis (« Comment survivre à une attaque atomique ? »), les exercices d’alerte se généralisent, comme les abris antiatomiques. Tout au long de la décennie, les opinions se mobilisent. L’appel de Stockholm de mars 1950, piloté en sous-main par les Russes et les partis communistes occidentaux, reçoit des dizaines de millions de signatures. Le temps de la manipulation des opinions commence. Il faudra attendre le Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires, en 1963, pour que la peur s’affaiblisse, enfin.

La Guerre froide qui se structure dans les années 50 marquera le monde pendant plus de quatre décennies (1950-1980) : les tensions, les crises, les décolonisations et les guerres qui les accompagnent, la peur d’une déflagration totale sont omniprésentes. Les acteurs de ce passé ont changé mais, de manière troublante, des situations sont semblables : la Chine de Xi Jinping est l’héritière de celle de Mao Zedong ; la Russie de Vladimir Poutine est dans le sillage de l’URSS de Nikita Khrouchtchev ; les États-Unis de Donald Trump sont dans une continuité idéologique avec ceux de Dwight D. Eisenhower ; l’Europe en construction hier et en crise aujourd’hui avec le Brexit se cherche un destin ; la Corée des Kim est toujours sur le devant de la scène ; en France, la victoire, imprévisible quelques mois auparavant, d’Emmanuel Macron en 2017 ressemble à s’y méprendre à celle de Charles de Gaulle en 1958. Rien ne change, tout change…