Jean Rouch, ethnologue et cinéaste

Luc Pecquet est anthropologue et ethnologue, enseignant-chercheur à l’Institut des mondes africains (CNRS) et président du Comité du film ethnographique. Il a notamment publié Les peuples du monde (Atlas, 2006). Dans cette tribune, il présente le numéro spécial du Journal des africanistes consacré à Jean Rouch, paru en janvier 2018 et édité par la Société des africanistes.

 

Jean Rouch a fait toute sa carrière au CNRS, en tant que chercheur. C’est sur cette dimension-là de son travail qui, pour tout un chacun, s’est progressivement estompée au profit de celle de cinéaste, que nous avons mis l’accent dans cette publication. Nous partions, avec ce projet, de ce que ses activités de chercheur et de cinéaste allaient de pair, se soutenaient, si ce n’est s’obligeaient l’une l’autre. Mais nous ne mesurions pas combien et à quels titres ces deux « qualités » et domaines s’entremêlaient. Le point remarquable, dans le positionnement de Jean Rouch, ce sont les imbrications et superpositions opérées entre ces deux modes d’observation, d’analyse et de restitution des faits de société que sont l’ethnologie et le cinéma ou, en d’autres termes, que sont les publications scientifiques et les récits cinématographiques. De ces questions les articles rassemblés, ici, en cinq « chapitres » rendent compte à des degrés divers, en interrogeant l’originalité, l’actualité, l’héritage et les prolongements des travaux de Jean Rouch, mais aussi des épisodes mal connus de ses activités.

 

En ouverture, Paul Henley dresse un tableau du cinéma français réalisé en Afrique avant Jean Rouch, qui allait s’en démarquer en s’affirmant ethnologue et cinéaste là où ses prédécesseurs furent surtout explorateurs et aventuriers-voyageurs. Ce tournant, qu’analyse Damien Mottier, Jean Rouch le réalise à partir de cette mission, liée à la Société des explorateurs, où il descend le fleuve Niger en pirogue (1946) avec ses amis. Migrations, déplacements sont les thèmes du second chapitre, qui débute par deux analyses des grands travaux de Jean Rouch sur les migrations (Alice Gallois, Florence Boyer), suivies de celle du concept de mobilité dans l’anthropologie sociale actuelle (Roger Canals), puis des recherches d’Éric K. Hahonou sur les pêcheurs itinérants du fleuve Niger, effectuées dans le sillage de celles de Jean Rouch. Au chapitre Possessions, performances, Christian Lallier puis Michael Meyer reviennent sur Les Maîtres fous, et Jean-Frédéric de Hasque sur la ciné-transe. Les enseignements de Jean Rouch à Harvard (1980-96), peu connus, font l’objet des deux articles suivants (Alice Leroy, Émilie de Brigard). Le chapitre cinq, Raconter, façonner, intéresse la mise en récit : par la photographie (Anaïs Mauuarin), la voix (Jean-Paul Colleyn), et par rapport aux nouvelles technologies (Paul Stoller). Après cet ensemble d’articles sont abordés, dans la section « Notes et documents », les commentaires des films (Philippe Lourdou), les ateliers Super 8 au Mozambique (1978-79, Luc Pecquet et al.), les archives Rouch à la BnF (Agnès Gallois et al.), auxquels s’ajoutent le témoignage d’un peintre (Gilbert Mazliah) et, réparties dans l’ouvrage, diverses photographies de Françoise Foucault (assistante de Jean Rouch à partir de 1976).

 

Jean Rouch, ethonologue et cinéaste, Tome 87, numéro spécial du Journal des Africanistes.