Cent chefs-d'œuvre de l'art moderne et contemporain arabe La collection Barjeel

Jusqu’au 2 juillet 2017, l’Institut du monde arabe, à Paris, présente une initiation à l’art moderne et contemporain arabe. Une exposition qui dresse un panorama de la création artistique, du Maghreb au Moyen-Orient, depuis la seconde moitié du XXe siècle à nos jours. Une tribune d'Emmanuelle Collignon, vice-présidente du Groupe de recherche Achac.

 

 Etel Adnan, Adel Abdessemed, Kadhim Hayder, Marwan Kassab, Ahmed Cherkaoui, Ahmed Cherkaoui, Baya, Kader Attia… Voici quelques-uns des artistes portés par cette exposition. S’y croisent les grands noms de l’art contemporain, les talents encore méconnus, les pionniers, pour certains oubliés, et les jeunes énergies qui tentent de se faire une place sur ce marché hautement concurrentiel. Une sélection de quelques cent pièces (photographies, peintures, dessins, sculptures, installations…) qui donne à voir toute la richesse de la collection Barjeel, une collection que l’émirati Sultan Sooud Al Quassemi s’attelle à constituer depuis sept ans et qui est montrée — en partie du moins — pour la première fois en France. Politologue de formation, Sultan Sooud Al Quassemi, qui s’est fait connaître pour avoir beaucoup suivi et commenté, sur Twitter, les « printemps arabes », et créé la Fondation Barjeel à Sharjah, en 2010, dans le but de contribuer à la protection, au développement et à la promotion de la scène artistique arabe. La démarche de cette collection, aujourd’hui forte de mille trois cents pièces, est non seulement esthétique mais aussi militante. En donnant parole et visibilité aux plasticiens arabes, sur les scènes du monde arabe, mais aussi occidentales et asiatiques, elle permet de participer au déploiement de la connaissance des arts et d’amorcer le dialogue entre les différentes sphères d’influence de l’art contemporain.

Que faut-il entendre, alors, par création « arabe » ? S’agit-il d’un qualificatif géographique ? Linguistique ? Religieux ? Ethnique ? Ne concerne-t-il que des artistes nés au Maghreb ou au Moyen-Orient ? Sultan Sooud Al Quassemi ne s’attache pas aux critères ethniques ou religieux : « Dans la collection, il y a des chrétiens, des juifs, des sunnites, des chiites et des athées. Il y a des Irakiens, des Syriens, des Arméniens, des Kurdes, des Turcs et des artistes nés en France comme Kader Attia ou au Brésil comme Emmanuel Nassar. Ce n’est donc non plus une définition ethnique. » Il poursuit : « Je m’intéresse aux artistes qui se considèrent comme appartenant au monde arabe, au sens où le reste du monde le considère comme tel, comme différent et spécifique. […] Ces artistes existent dans le même monde que moi, que l’on appelle le monde arabe. » Une définition large, servie, dans cette exposition, par la pluralité des écoles, des techniques, des supports, des références… à tel point que le visiteur pourra se laisser déconcerter et se sentir perdu.

Une thématique, toutefois, s’impose au sein du parcours. Des chevaux blancs de l’Irakien Kadhim Hayder, qui évoquent le coup d’état du parti Baas en Irak (1963), à la carte du Proche-Orient ponctuée de larmes de sang du Saoudien Abdulnasser Gharem, les pièces ici présentées ne sont pas avares de prises de position politiques… Et nous rappellent que, parmi ces artistes, certains ont dû fuir leur pays d’origine, leur travail ayant été jugé trop subversif par les instances politiques.

Cette exposition remporte ainsi le pari de faire toucher du doigt l’extrême vitalité de la production artistique dans les pays du Golfe, du Maghreb et du Proche-Orient, tout comme celle, dans le reste du monde, des diasporas arabes. À la fin du parcours, la conclusion s’impose, formulée par Philippe Van Cauteren, commissaire de l’exposition (et par ailleurs directeur du musée d’Art actuel de Gand, en Belgique) : « Il faudrait réécrire une histoire de l’art en réponse à l’eurocentrisme et à sa monopolisation ; mieux, il faudrait une multitude d’histoires de l’art. »