Des histoires dans l'Histoire

Sandrine Lemaire, Vice–présidente du Groupe de recherche Achac et docteure en histoire est spécialiste de l’histoire coloniale française et de la culture coloniale. Elle a notamment codirigé Culture impériale. Les colonies au cœur de la République (Autrement, 2004) et Zoos humains et exhibitions coloniales. 150 ans d’inventions de l’Autre (La Découverte, 2011). Elle nous présente ici le film D’un clandestin à l’autre d’ Éric Deroo et annonce le cycle de rencontre prévu en marge des projections en présence du réalisateur.

 

Au sein du Groupe de recherche Achac, on défend l’idée depuis longtemps que l’image est un véhicule de l’Histoire autant que le sont les mots auxquels on donna pourtant l’exclusivité de la crédibilité. Éric Deroo nous le démontre encore une fois avec émotion, par ce patchwork de vies diverses servies par une image muette mais efficace, caméra à l’épaule le plus souvent, et par un texte en voix off qui donne un fil rouge à cet ensemble qui s’étale sur pas moins de quarante ans et sur les cinq continents. Nous suivons ainsi le réalisateur et historien dans sa quête du différent, tel un clandestin qui volontairement laisse entrevoir d’autres horizons. Il nous fait plonger dans l’Histoire, comme le ferait l’élève distrait, le nez à la fenêtre, qui se régale des anecdotes du monde sans tout à fait réaliser qu’elles font le monde. Émilie Veryretout (Le Figaro) écrit au sujet du film : « L'illusion, qu'on en soit l'auteur ou la victime, n'est-elle pas aussi une vérité ? C'est tout le propos d'Éric Deroo, qui, d'un continent l'autre, bourlingue aux marges de l'histoire et recueille, caméra 16 mm sur l'épaule et regard toujours bienveillant, celle de ses avatars. »

 

Ici, il s’agit d’évènements et de personnages de l’histoire coloniale ou postcoloniale plus ou moins anecdotiques mais aussi d’artistes, de parcours de vie, d’acteurs qui se placent souvent volontairement en marge, rassemblant succès ou échecs de ceux que la grande Histoire ne retient pas. Toutes ces histoires donc, qui font pourtant l’Histoire, et qui nous l’illustrent comme des contes étranges. Destins chaotiques d'artistes, tirailleurs, mercenaires, empereur... Tous trouvent leur place dans ce film, décrits avec une tendresse qui devient nôtre. Des êtres humains ordinaires qui prennent une teinte extraordinaire dans cette approche décalée. Ne ratez pas ce film D’un clandestin l’autre  du 18 septembre au 30 septembre 2019 (sauf le mardi 24 septembre) au cinéma « le Saint André des Arts » à Paris (dernières séances les mardis 8 et 15 octobre). Un débat suivra les projections à 13h00 chaque jour.