L’exposition Bourgogne Franche-Comté, présence des Suds en chemin sur la Route des abolitions

Stéphane Kronenberger est historien de l’époque contemporaine et spécialiste de l’histoire des migrations et rattaché au laboratoire Telemme (Aix-Marseille Université / CNRS). Il est l’auteur de plus d’une trentaine d’articles ou de chapitres d’ouvrages sur l’immigration aux XIXe et XXe siècles, et a récemment publié Les travailleurs étrangers et la Grande Guerre en Franche-Comté (AECI, 2018). Il fait, ici, un point d’étape sur la diffusion de l’exposition itinérante Bourgogne Franche-Comté Présence des Suds,  conçue  par le Groupe de recherche Achac, dont il avait détaillé le contenu dans une tribune précédente.

 

Un an seulement après sa création, ce remarquable outil pédagogique a déjà largement irrigué le territoire régional de Bourgogne-Franche-Comté, tant en milieu urbain qu’en territoire rural. Grâce à l’engagement de l’auteur de ces lignes et au soutien des partenaires du projet, des associations ou des collectivités locales, la mise à disposition de l’exposition a en outre été accompagnée d’une réelle programmation culturelle et pédagogique. Les visites guidées ont ainsi permis aux nombreuses personnes présentes de mieux appréhender des problématiques migratoires, parfois perçues à tort comme complexes, et de s’approprier une histoire qui est souvent, dans cette région de passage, celle de leur famille.

 

La projection de films documentaires, comme celui de Mireille Hannon, sur le massacre par les Allemands à Clamecy dans la Nièvre en 1940 d’une quarantaine de tirailleurs, ou celui de Valérie Cuzol sur le vieillissement des Chabanis dans une relative indifférence, ont apporté de salvateurs éclairages sur des réalités oubliées ou occultées. Les conférences, mettant en exergue l’histoire migratoire locale ou les enjeux des migrations internationales, ont de même été d’intéressants moments de dialogue et de débat, qui ont favorisé, nous avons la faiblesse de le penser, la mise à distance et la déconstruction de certains stéréotypes.

 

Présentée en avant-première, début novembre 2018, lors du colloque Les industries aux colonies, les indigènes en industrie (XVIIIe-XXe siècles), conjointement organisé par l’Université de Technologie de Belfort Montbéliard (UTBM) et l’Université de Haute-Alsace (UHA), l’exposition Bourgogne Franche-Comté Présence des Suds a ensuite fait étape au sein de nombreux établissements scolaires. Dans le cadre du programme Les Fabriques Citoyennes, initié par le Réseau Information Jeunesse Bourgogne Franche-Comté, certaines classes ont alors parallèlement donné vie à des films documentaires, qui constituent aujourd’hui la série Histoire(s) en court à découvrir en ligne. Cette vingtaine de portraits d’étrangers, librement choisis par les élèves, mettent en exergue la trop méconnue diversité culturelle de la région, et surtout inscrivent celle-ci sur la longue durée, des temps de paix aux temps de guerre et inversement. À l’issue d’une dizaine de ciné-rencontres de restitution, un jury présidé par Lilian Thuram, président de la Fondation Éducation contre le racisme a désigné les trois meilleures réalisations, et une remise solennelle des prix aura lieu mi-novembre 2019 à Paris au Musée national de l’histoire de l’immigration (Palais de la Porte Dorée, Paris). 

 

Après un lancement officiel en mars 2019 à Besançon, en présence de l’historien Pascal Blanchard, et dans le cadre de la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme, l’exposition a rejoint pour plus de deux mois les Archives départementales de la Haute-Saône, alors que dans le même département elle prenait simultanément la direction de la Maison de la négritude et des droits de l’Homme de Champagney. Au sein de ce petit village, les habitants exigèrent en effet, dès 1789 dans leur cahier de Doléances, l’abolition de l’esclavage dans les colonies. En résonance à cet engagement pionnier, le vendredi 17 mai 2019 le Réseau Information Jeunesse Bourgogne Franche-Comté a organisé en ce lieu et à la Filature de Ronchamp une journée intitulée « Ni hérisson Ni paillasson : Les discriminations c’est non ! » Soutenue notamment par le CGET, la DILCRAH et la DRJSCS, cette manifestation visait, dans une optique éducative et citoyenne, à lutter contre les préjugés et à promouvoir l’esprit de tolérance auprès des adultes et des scolaires. Ce même public mixte a pu découvrir l’exposition au Point Information Jeunesse de Chenôve, situé au sein de l’agglomération dijonnaise, ainsi qu’à la médiathèque d’Orgelet dans le Jura, ayant la particularité d’être également le CDI du collège de la ville. Depuis le 8 mai et jusqu’au 11 novembre 2019, elle a par ailleurs été installé, par le Musée de la Résistance en Morvan, au cœur même du village martyr de Dun-les-Places si durement frappé lors de la Seconde Guerre mondiale. 

 

Du 6 juillet au 31 août 2019, l’exposition poursuit son chemin sur la Route des abolitions en faisant un long arrêt estival au Château de Joux dans le Haut-Doubs à la lisière de la frontière suisse. Ce fort est en effet surtout connu pour avoir été le dernier lieu d’incarcération, avant sa mort en 1803, de Toussaint Louverture, initiateur du processus d’indépendance d’Haïti, première République noire. Retrouvons-nous sur place le lundi 15 juillet 2019 à 15 h 45 pour une visite guidée de l’exposition, suivie à 18h00 d’une conférence sur l’immigration en Franche-Comté au musée de Pontarlier.

 

Dès la rentrée, cet outil pédagogique reprendra la direction des établissements scolaires, alors qu’à la mi-septembre les Journées européennes du patrimoine offriront une nouvelle occasion de partager cette histoire avec le grand public. Quelques jours plus tard, elle sera visible dans le Haut-Jura à l’Espace Mosaïque de Saint-Claude (23 septembre au 11 octobre), où se déroulera le lundi 1er octobre 2019 à 18h15, en collaboration avec les Amis du Vieux Saint-Claude, une conférence pour débattre autour de l’exposition. L’exposition sera aussi présentée (27 septembre au 7 octobre 2019) à la médiathèque de Champlitte en Haute-Saône, avec le samedi 28 septembre un moment de rencontre dans la salle polyvalente de la mairie durant lequel se succéderont visite guidée, apéritif musical et projection de la série de films documentaires Histoire(s) en court.

 

Puis ce riche automne se poursuivra avec l’accueil de l’exposition par le site Migrations Besançon Bourgogne Franche-Comté, parallèlement au festival Lumières d’Afrique se déroulant du 9 au 17 novembre 2019 dans la capitale comtoise. Le mercredi 13 novembre, au centre diocésain, une journée inaugurale exceptionnelle permettra aux Bisontins d’assister à une conférence de l’historien Pascal Blanchard sur la place de l’immigration dans le récit national, suivie d’une visite commentée de l’exposition par ce dernier et l’auteur de ces lignes. En soirée sera par ailleurs projeté le film documentaire inédit intitulé Les enfants des planches de Reza Serkanian, au Cinéma Victor Hugo en présence du réalisateur, ce qui donnera l’occasion au public d’échanger avec lui.

  

Tout au long de ce même mois de novembre, l’exposition fera étape en Saône-et-Loire à Chalon sur Saône, d’abord au lycée Emiland Gauthey (4 au 14 novembre), puis au Conservatoire à rayonnement régional du Grand Chalon (15 au 29 novembre). Un vernissage, le vendredi 15 novembre, sera agrémenté d’une conférence sur l’immigration en Bourgogne Franche-Comté et de réjouissances musicales. Dans le cadre du Festival des Solidarités aura également lieu la veille dans la même ville une conférence de l’historien Yvan Gastaut sur l’immigration en France aux XXe et XXIe siècles.

 

Du 22 novembre au 8 décembre 2019, ce sera au tour du festival dijonnais Les Nuits d’Orient de servir d’écrin à une nouvelle présentation de l’exposition avec, en ouverture, dès le vendredi 22 novembre la projection, en après-midi, du film documentaire Sauvage, au cœur des zoos humains,  suivie d’un échange avec le public en présence de Pascal Blanchard et Lilian Thuran. Ces derniers se seront préalablement rendus, le matin même, au lycée Weil de Dijon pour sensibiliser les élèves à la nécessité de lutter au quotidien contre les discriminations, objectif majeur de la Fondation Lilian Thuram Éducation contre le racisme.  Du 9 au 20 décembre 2019, cette riche année s’achèvera par un passage à l’espace culturel Le Cèdre à Chenôve.

 

Le cru 2020 s’annonce par ailleurs d’ores et déjà sous les meilleurs auspices avec du 1er février au 30 avril un arrêt prolongé de l’exposition Bourgogne Franche-Comté Présence des Suds aux Archives départementales de la Nièvre à Nevers, mais aussi des présentations dans le Territoire de Belfort, le Pays de Montbéliard, la région bisontine, le bassin du Creusot ou le Jura méridional à Saint-Amour.

 

Au final, l’ensemble de cette programmation s’avère exceptionnelle pour la Bourgogne Franche-Comté et révèle en filigrane tout l’intérêt du jeune public et du grand public pour ces enjeux d’histoire et de mémoire. Parmi les 18 programmes régionaux (et donc les 18 expositions), initiés depuis 2008 à travers tout l’hexagone par le Groupe de recherche Achac, c’est sans conteste l’un de ceux qui a le plus irrigué en profondeur un territoire donné, illustrant ainsi toute la force des partenariats croisés. Ce succès annonce les deux prochaines et ultimes déclinaisons régionales proposées par le Groupe de recherche Achac autour des immigrations, en l’occurrence dès 2020 l’exposition sur la Corse (avec là aussi une riche programmation en perspective), suivie l’année suivante de celle consacrée à la Champagne-Ardenne.