Exposition Sexe, regards & colonies

L’exposition Sexe, regards & colonies au festival Étonnants Voyageurs

Pascal Blanchard, historien, co-directeur du groupe de recherche Achac et de l’ouvrage Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours
(
La Découverte, 2018), présente l’exposition pédagogique Sexe, regards & colonies. Conçue dans la continuité de la sortie de l’ouvrage qu’elle complète, l’exposition pédagogique suit un cheminement thématique de la domination des corps, les imaginaires en lien avec la sexualité sur et dans les colonies, ainsi que l’imaginaire sur le corps de l’« Autre » dans les différents empires coloniaux. Elle sera présentée, cette semaine, dans le cadre du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo.

Après plusieurs présentations en France et sous forme itinérante, l’exposition
Sexe, regards & colonies va faire halte au cœur du festival Étonnants Voyageurs. Plus qu’un événement, c’est l’idée que les images ne doivent pas être enfermées dans les tiroirs de nos musées, mais doivent permettre de comprendre le passé et le présent. Cette exposition est issue de l’ouvrage Sexe, race & colonies qui a connu depuis 8 mois un incroyable succès, engagé des débats aux quatre coins de la France, des présentations nombreuses à l’étranger et mobilisés plus d’une soixantaine de chercheurs dans des colloques prestigieux comme à Columbia université, à l’université de Lausanne, au Musée national de l’histoire de l’immigration, à l’université UCLA à Los Angeles ou à l’université de Genève. Débattre, échanger, proposer des regard croisés, commenter, discuter, ne pas être d’accord est toujours mieux que les polémiques que certains ont voulu lancer pour empêcher ce regard sur le passé (à l’image de Laurent Fourchard qui rêve encore d’interdire des débats et des conférences comme au temps où les censeurs de la pensée avaient le droit de dire qui a le droit de parler et qui doit se taire).

Au-delà de ces débats d’un autre monde, qui sont plus à ranger dans l’univers de la polémique militante (comme avec les tribunes de Case rebelle ou la tribune de Philippe Artière qui reproche aux historiens de faire des « beaux livres » d’images), et sur lesquels certains ont répondu avec brio que l’essentiel était de regarder le passé en face et c’est bien cela qui faisait de ce livre « une référence » (comme Christiane Taubira dans Le Monde), sera organisé à Saint-Malo une grande table ronde avec Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Abd al Malik dans le cadre de la CCI le samedi 8 juin à 14h00, avec une signature de l’ouvrage à deux pas du lieu de présentation de cette exposition exceptionnelle.

Cette exposition (réalisée avec le soutien du CGET et de la DILCRAH) raconte (en images, avec près de 200 documents exceptionnels et des textes d’analyses image par image), comment, depuis le XVe siècle, les empires coloniaux en Europe, au Japon et aux États-Unis ont inventé leur « Autre » dans le souci constant de le dominer — physiquement ou mentalement — en prenant possession tant de son territoire que de son corps. Au cours de leurs vastes entreprises de domination coloniale, les Occidentaux ont ainsi massivement produit et fabriqué des images stéréotypées et fantasmées de l’« Autre », diffusées via une multitude de supports (littérature, peinture, cinéma, photographie, cartes postales...). Cette culture visuelle – qui a légitimé la domination, façonné les imaginaires, et entraîné une fascination pour le corps de l’« Autre » – a produit, in fine, un ensemble de fantasmes s’imposant à tous pendant la colonisation et qui perdure dans le présent. L’exposition Sexe, regards & colonies s’attache ainsi à décrypter et à déconstruire, à travers cinq thématiques – Fantasmes, Dominations, L’« Autre », Corps et Résistances –, cette histoire méconnue qui a concerné tous les empires. L’exposition propose une approche inédite de cette culture visuelle, tant par son ampleur chronologique, la densité de son iconographie, sa diversité géographique que par la multiplicité des angles abordés. Elle en présente également les héritages contemporains qui sont au cœur des enjeux de métissage et de diversité dans les sociétés postcoloniales du XXIe siècle.

Pour prolonger ce débat, plusieurs tables rondes sur la mémoire, le passé colonial et les enjeux décoloniaux vont être proposées dans le cadre du festival au cours de ces trois journées (8-9-10 juin), et notamment une grande rencontre Entre mémoire et histoire : une relation à construire, avec l’intellectuel sénégalais Felwine Sarr, l’historien Pascal Blanchard, et les romanciers Alexis Jenni et David Diop. Une rencontre le dimanche 9 juin à 10h00 à la CCI pour mettre en perspective la manière de faire entrer le passé colonial et traumatique dans le présent. Un échange rare, avec des auteurs et spécialistes qui sont au cœur de ces enjeux. De fait, les aventures coloniales furent une rude mise à l’épreuve des valeurs humanistes affichées. Rien ne doit être oublié. Et bien des drames d’aujourd’hui en sont les fruits directs. Mais quelque chose est aussi né de ces aventures. Temps nécessaire de la mémoire, mais temps nécessaire, aussi, de l’Histoire, qui implique, elle, distance, confrontation des faits, des points de vue. On sait la difficulté, aussitôt qu’esquissée, d’entreprendre une histoire commune entre France et Algérie, entre France et Afrique, entre France et ses outre-mer, entre France et Allemagne ! C’est pourtant la condition même d’une relation... Quelques signes suggèrent que les choses évoluent – comme l’entreprise de restitution des œuvres africaines confiée à Felwine Sarr, des expositions comme Zoos humains, l’invention du sauvage avec Lilian Thuram ou des films comme Sauvages, au cœur des zoos humains raconté par Abd Al Malik — où en sommes-nous aujourd’hui ? Comment écrire une histoire commune ? Comment regarder les images de ce passé ? Tels sont les enjeux de ces rencontres et exposition au cœur du festival Étonnants Voyageurs, n’en déplaisent à ceux qui voudraient faire taire ces débats et ces enjeux.