Le Japon à Paris. Japonais et japonisants de l’ère Meiji aux années 1930

Brigitte Koyama-Richard, docteure en littérature comparée de l’Université de la Sorbonne et de l’INALCO, est professeur à l’Université Musashi de Tokyo où elle enseigne la littérature comparée et l’histoire de l’art. Spécialiste de la culture japonaise, elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur le Japon dont Mille ans de Manga (Flammarion, 2007), L’animation japonaise du rouleau peint aux Pokémon (Flammarion, 2010). Les estampes japonaises (Nouvelles Éditions Scala, 2014), Jeux d’estampes (Nouvelles Éditions Scala, 2015), Beautés japonaises (Nouvelles Éditions Scala, 2016), Yôkai, fantastique art japonais (Nouvelles Éditions Scala, 2017), et notamment Le Japon à Paris. Japonais et japonisants de l’ère Meiji aux années 1930, paru aux Nouvelles Éditions Scala en octobre 2018, sur l’arrivée d’une diaspora japonaise à Paris dans les années 1860 et la création des liens culturels et artistiques entre le Japon et la France. Elle y aborde l’histoire souvent méconnue des peuples asiatiques en France, une démarche qui l’avait amenée à contribuer à l’ouvrage, Le Paris Asie (La Découverte, 2004) ainsi qu’à l’exposition Paris, 150 ans d’immigration qui s’intéressait à l’histoire des immigrations dans la capitale depuis la fin du XIXe siècle.

 

L’année 2018 fut celle « des Japonismes » en France et l’occasion de présenter de multiples expositions, dont beaucoup évoquèrent le mouvement artistique et littéraire que fut le japonisme au XIXe siècle. Le Japon à Paris, Japonais et japonisants de l’ère Meiji aux années 1930 (Nouvelles Éditions Scala, 2018) est un ouvrage qui traite des liens culturels entre les deux pays. C’est un regard croisé entre les protagonistes du japonisme et les Japonais qui vinrent à Paris et parfois s’y installèrent.

Avant même la restauration de Meiji, dans les années 1860, arrivent en Europe et en France les membres des premières missions. Vêtus de leur costume traditionnel, en chignon (chonmage), les sabres au côté, les Japonais ont fière allure et attirent l’attention. Ils sont éblouis par Paris qui est devenue, après les travaux entrepris par Haussmann, la plus belle capitale d’Europe. Elle va devenir un modèle pour les Japonais de l’ère Meiji (1868-1912).

Au même moment, à Paris, des artistes, collectionneurs, femmes et hommes de lettres découvrent et s’enthousiasment pour les estampes japonaises. C’est le début de la vague japonisante qui va ensuite déferler sur toute l’Europe et les États-Unis.

Parallèlement, de jeunes artistes japonais se prennent de passion pour l’art occidental et choisissent Paris pour y étudier les techniques artistiques. Leur stupéfaction est immense face à l’engouement que l’art traditionnel de leur pays provoque alors. Plus grand encore est l’étonnement des Français qui se demandent pourquoi ces jeunes gens veulent maîtriser la technique de la peinture occidentale, certains journalistes estimant même qu’ils feraient mieux de retourner à leur technique ancestrale. Mais au moment où les collectionneurs s’arrachent les estampes de Hokusai ou Utamaro, le Japon est en train de rejeter ses traditions culturelles. Le Japon rêvé des japonisants n’est déjà plus qu’un souvenir nostalgique et le pays se modernise à une vitesse fulgurante.

L’ouvrage offre de nombreux extraits de journaux intimes, de textes inédits ou traduits pour la première fois, dans lesquels on découvre les sentiments qu’éprouvèrent les Japonais qui vécurent alors à Paris. Il n’est pas toujours facile d’être asiatique à cette époque. Kuroda Seiki (1866-1924), qui devint le peintre le plus renommé de sa génération, tente de surmonter son complexe en s’achetant un pince-nez pour être moins remarqué. Peine perdue, il y renonce aussitôt. Le grand artiste Léonard (Tsuguharu) Foujita (1886-1968) qui fut le plus célèbre Japonais des grandes heures du Montparnasse, relata ses premiers mois à Paris où il fut l’objet de racisme et reçut des jets de pierre. Tout aussi difficile fut la situation de métisses eurasiennes. La belle et talentueuse romancière Kikou Yamata (1897-1975) souffrit de passer pour une Japonaise en France et une Française au Japon. Elle revendiqua toute sa vie sa double culture et se sentit incomprise.

Malgré des situations parfois difficiles, les Japonais restèrent profondément attachés à la France et participèrent à son rayonnement dans l’archipel. De nombreux liens d’amitié se tissèrent entre les artistes de ces deux pays si éloignés, faisant naître un intérêt simultané et réciproque qui continue encore aujourd’hui.

 

Découvrir l’ouvrage : http://www.editions-scala.fr/livre/japon-a-paris/