Le manifeste du Club XXIe siècle

Jacques Galvani préside le Club XXIe Siècle, un groupe influent constitué d'élus et de chefs d'entreprises de toutes origines, qui se définit comme un « Act-Tank » à l'origine de nombreuses initiatives en faveur de la diversité. Dans un entretien avec le Groupe de recherche Achac, réalisé à l'occasion de la publication du « Manifeste du Club XXIe Siècle », il rappelle les missions du « XXI », dresse le bilan de ses treize ans d'existence et dessine les contours des actions à venir.

Quelle est la raison d'être du Club XXIe Siècle et quel bilan faites-vous de vos actions après treize ans d'existence ?

Le Club XXIe Siècle a été créé pour deux raisons : d'une part, mettre en avant des profils et des parcours méritocratiques, de Français d'origine étrangère ou ultramarine qui ont eu des trajectoires professionnelles ou personnelles remarquables, afin de susciter de l'optimisme dans la société et de montrer que la diversité marche ! Et d'autre part, permettre à ces personnes de s'engager dans des actions concrètes au service des populations moins favorisées, potentiellement victimes de discriminations : femmes, jeunes et moins jeunes venant de milieux populaires, demandeurs d'emplois, minorités visibles. C'est un Act-Tank : les membres du Club sont à l'origine de nombreuses initiatives, dont certaines se sont transformées en associations autonomes : Entretiens de l'Excellence, Talents des Cités, NQT, Association Française des Managers de la Diversité. Tous nos membres sont engagés individuellement dans ces initiatives ou dans d'autres associations citoyennes (Mozaïk RH, Frateli / Article 1, Viens voir mon Taf, etc.). Le Club s'est appuyé sur ces expériences pour interpeller les pouvoirs publics et les dirigeants d'entreprises, mener une action institutionnelle, et a fortement contribué à la montée en puissance et à la banalisation de la préoccupation pour la « diversité » dans le débat public et les actions de l'État, des collectivités locales et des entreprises. Certains de ses membres occupent ou ont occupé des positions officielles importantes, voire ministérielles.

Pourquoi écrire un manifeste aujourd'hui ?

Parce que nous voulons aller plus loin et peser également sur le débat intellectuel. Nous considérons que, même si les thématiques de diversité et d'égalité des chances sont beaucoup plus présentes qu'il y a treize ans, la période est dangereuse : l'intolérance monte de tous côtés, le discours raciste progresse, sur fond d'échec de la politique de la ville, de crise des migrants et d'attentats islamistes. La société française est en risque de division, religieuse et raciale (à l'exemple des tensions présentes dans plusieurs pays européens et aux États-Unis). Il faut que ceux qui croient à l'union et à la possibilité du vivre ensemble prennent très fortement la parole et mènent la bataille des idées, sans délaisser l'action sur le terrain. Nous allons donc collaborer avec des Think-Tank reconnus pour avoir une production intellectuelle régulière (notes, articles, rapports…). Le Manifeste est la première étape de ce travail.

Quel rôle le Club XXIe Siècle peut-il jouer pour promouvoir la diversité d'origine là où elle reste encore anecdotique — le fameux plafond de verre —  et par quels moyens ?

Les membres du Club XXIe Siècle sont légitimes pour intervenir sur ce sujet, car ils et elles sont pour la plupart des dirigeant.e.s dans les entreprises et l'administration, et ont souvent ébréché ou brisé ce fameux plafond de verre. Nous travaillons depuis plusieurs années sur le sujet de l'augmentation de la diversité (de genre, d'origine sociale et d'origine géographique) dans les conseils d'administration, les comités exécutifs et les medias. Nous sommes en train de nous attaquer à la problématique de la diversité dans les partis politiques, l'administration et les syndicats. Nous pensons qu'il faut, à la fois, mettre en place des outils de mesure de la diversité et de son évolution dans le temps (baromètres), et travailler sur les viviers de professionnels compétents — hommes ou femmes. Pour cela, nous avons édité des guides et annuaires d'administrateurs pour les entreprises ou d'experts pour les medias. Nous sommes en train d'en faire des outils digitaux et réfléchissons à la meilleure manière d’utiliser ces outils en pratique (travail avec les cabinets de chasseurs de têtes les plus prestigieux, avec les responsables des grands medias, etc.).

Vous insistez sur la nécessité de renforcer la cohésion sociale et territoriale. Quelles actions concrètes envisagez-vous pour aller dans ce sens ?

Nous sommes en train d'augmenter la présence du Club en région. Nous sommes déjà très actifs dans certains territoires, notamment l'Aquitaine et la Normandie (en particulier via l'action très forte des Entretiens de l'Excellence), et nous voulons nous implanter bientôt en Paca et en Rhône-Alpes. Par ailleurs, nous voulons travailler plus fortement avec les collectivités locales. Ainsi, nous sommes en train de monter un projet pour favoriser l'embauche de jeunes diplômés bac +3 et plus issus des quartiers défavorisés et qui subissent des discriminations à l'embauche (ce qui est dévastateur car très décourageant pour tous les jeunes qui hésitent à s'engager dans des études longues) : nous allons travailler main dans la main avec la région Île-de-France, et son réseau de plusieurs centaines de patrons de PME et d'ETI, et avec l'association NQT qui coache 1500 jeunes sur ce territoire. Lors d'une journée de job dating en septembre prochain, les membres du Club sensibiliseront et formeront ces dirigeants de PME et ETI sur la question des préjugés liés à l'origine sociale et géographique lors des recrutements, et partageront sur leur propre expérience. Dans la foulée, des jeunes professionnels en recherche d'emploi rencontreront ces recruteurs potentiels. Nous espérons que ce dispositif permettra d'augmenter significativement le taux d'embauche. Si l'expérience est concluante, nous la reproduirons dans d'autres régions.