Expositions

De Vichy aux Trente glorieuses 1940-1949

La Seconde Guerre mondiale a des effets directs sur le sport. Si la coupe de France continue d’être jouée, le Tour de France, lui, est interrompu et ne sera relancé qu’en 1947. Pourtant, le cyclisme au niveau national évolue: l’Union vélocipédique devient, en 1940, la Fédération française de cyclisme et s’affirme comme très dynamique. En 1941, le rugby à XIII, premier rugby de France, est interdit, et tous les efforts se recentrent sur la Fédération de rugby à XV. Le sport est devenu sous Vichy, régime autoritaire, un moyen de mobilisation politique. Les Jeux de l’empire en 1942 sont l’occasion pour le régime de glorifier l’empire. Conformément à la politique antisémite de Vichy, le sport est graduellement interdit aux juifs, que ce soit en tant que pratiquants qu’en tant que spectateurs, et certains sportifs perdent leur nationalité française, comme le nageur Alfred Nakache. Alors que les femmes sous Vichy sont toujours en marge de la sphère sportive, de nombreux compétiteurs seront faits prisonniers dans les camps en 1940, comme les boxeurs Assane Diouf, d’origine guinéenne et qui reprendra sa carrière sur les rings parisiens en décembre 1940, ou le Tunisien Victor Young Perez qui sera déporté en 1943.

En outre, des champions de l’avant-guerre se sont engagés dans la Résistance, comme Yvan Beck, né à Belgrade et joueur en équipe de France de football, ou l’Autrichien Auguste Jordan, également footballeur tricolore, qui s’engage sous les drapeaux avant d’être fait prisonnier par les Allemands, ou le footballeur Rino Della Negra, qui sera fusillé par les Allemands pour fait de résistance au Mont-Valérien. Malgré cette situation et l’Occupation, le sport reprend peu à peu sa place et s’affiche comme l’une des rares distractions des Français au cours de ces années noires. Après-guerre, dans une France en reconstruction, le sport se réorganise et voit émerger de nouvelles fédérations comme la Fédération française de volley-ball en 1947. Marcel Cerdan, boxeur né en Algérie, champion du monde en 1948, participe pleinement à cette entreprise de re-dynamisation du sport. On citera également le basketteur Yvan Guénin, né à Monaco, qui gagne avec son équipe la médaille d’argent aux Jeux olympiques de 1948.

De nombreux sportifs d’origine étrangère émergent, comme le Bulgare Caloust Zadikian dans le football, aux côtés des coloniaux comme les Algériens Kader Firoud et Abderrahman Ibrir ou des «pieds-noirs» comme Marcel Salva. Mais, c’est la génération des joueurs issus de l’immigration polonaise qui se fait désormais une place au soleil, avec des footballeurs comme les Polonais César Povolny et Ignace Kowalczyk. Les Jeux olympiques de Londres en 1948 et la coupe du monde de football en 1950 au Brésil ouvrent une ère nouvelle, engageant un processus de médiatisation croissante signifiée par les retransmissions radiophoniques des grandes épreuves.

Focus événement

Les Jeux de l’empire en France

Dans la France vaincue de 1940, l’empire colonial représente le dernier bastion de l’orgueil national. De part et d’autre de la Méditerranée, le sport devient l’instrument privilégié du rapprochement et de la propagande. Après la Semaine coloniale, première tournée des meilleurs sportifs français en Afrique du Nord en 1941, une Quinzaine impériale est organisée en zone libre en mai 1942. Les rencontres sportives opposent pour la première fois les colonisés aux métropolitains dans ce que le régime qualifie de Jeux de l’empire, rencontres peu fréquentes avant guerre. Si les Français dominent, quelques Africains réalisent des performances remarquées (parfois même sans chaussures), comme le Marocain Tala Kamara, qui se distingue en sprint. La presse médiatise l’événement et les officiels sont en tribune sous une immense banderole: Trois couleurs, un drapeau, un empire.


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