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Mutations, nouveaux regards et années noires

Au début des années 30, la population maghrébine en région parisienne est évaluée officiellement à quatre-vingt-dix mille personnes, dont la majorité vit en région parisienne et un quart dans Paris intra-muros. Les Algériens se regroupent dans les quartiers centraux de Paris et dans la petite ceinture parisienne, d’Aubervilliers à Saint-Ouen, de Colombes à Boulogne. Au même moment, une communauté marocaine s’installe à Clichy et Gennevilliers. Ces travailleurs immigrés-coloniaux vont jouer un rôle décisif dans les importantes grèves Citroën de 1933 à Aulnay-sous-Bois.

Pourtant, l’image des travailleurs maghrébins est toujours emprunte de stéréotype : l’immigré « indésirable ». La présence asiatique est moins visible que dans les années 20 avec un peu moins de quatre mille personnes, chiffre qui ne cessera de décroître tout au long de la décennie. En outre, si la moitié des travailleurs migrants asiatiques est composée de clandestins fuyant la misère ou le conflit sino-japonais, de nouvelles activités économiques émergentes fixant de façon définitive certaines populations dans la ville.

À partir de 1935, la vie politique est marquée par les ressacs de la crise économique, par une montée des extrêmes et par l’omniprésence des conflits. La diaspora noire tend à s’organiser dans la capitale et de nouvelles figures de la Négritude émergent, à l’image des intellectuels Aimé Césaire, Paulette Nardal et Léopold Sédar Senghor, du boxeur Panama Al Brown ou du joueur de football Raoul Diagne. Après les désillusions du Front populaire sur la question coloniale, les positions politiques se durcissent. La guerre approche et la France va de nouveau faire appel à l’Empire. Plus de quarante régiments d’Afrique du Nord seront engagés aux côtés de soixante-cinq mille tirailleurs afro-antillais sur le front de l’Est.

La défaite de 1940 brise la République et installe Pétain au pouvoir. Les prisonniers « indigènes » seront rassemblés en France dans des Frontstalags et de nombreux prisonniers et travailleurs présents en métropole seront mobilisés au service de l’effort de guerre de l’Axe. Dans ce contexte, le régime de Vichy cherche à maintenir l’allégeance des colonies à travers des opérations de propagande comme le Train des colonies (dont tous les circuits partiront de Paris) ou comme la Quinzaine impériale.

En 1944, au moment de la libération de la capitale par l’armée d’Afrique, les Franciliens découvrent des régiments qui ont subi le « blanchiment » de leurs troupes. À la demande des forces anglo-américaines, les combattants africains ont été exclus des troupes qui sont entrées dans la capitale. Ultime humiliation après des années de combats et d’engagement au service de la France.

 


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