Expositions

L’appel à l’Empire

Lorsque débute le conflit, la France décide de puiser dans les « ressources humaines » de son Empire. Cent quatre-vingt mille Africains, désignés sous le vocable de « tirailleurs sénégalais », sont mobilisés. Imaginés en 1910 par le général Mangin, orchestrés par Blaise Diagne pendant la guerre, les tirailleurs vont devenir l’icône de ce conflit, emblématisés par la célèbre marque Banania installée alors à Courbevoie. Jugée « peu fiable », la « Force jaune » indochinoise entre dans le conflit en 1916, où elle occupe des postes à l’arrière. Quant aux « Turcos » et soldats du Maghreb, l’effort de guerre est tel que cent soixante-dix mille hommes sont envoyés au front sur un peu moins de trois cent mille mobilisés.

Entrant dans le panthéon des héros militaires, les blessés sont soignés autour de Paris, à Cochin, à Neuilly ou à Nogent (dans le Jardin colonial). Ces « héros » sont l’objet d’articles dans la presse et apparaissent sur de nombreuses cartes postales et illustrations. Au côté des combattants, il est fait appel à la main-d’œuvre maghrébine, indochinoise et chinoise pour travailler dans les usines ou comme supplétifs de l’effort de guerre. En accord avec la Chine, en deux ans, plus de cent vingt mille travailleurs arrivent en France. Après l’armistice, une partie de ces travailleurs mobilisés vont rester à Paris, constituant autour de la gare de Lyon ou de Boulogne-Billancourt, les premières communautés asiatiques de la capitale.

À la fin du conflit, si une poignée d’Africains, d’Antillais et de Vietnamiens s’installent à Paris et dans la proche banlieue, les travailleurs algériens sont les plus nombreux à y demeurer. L’opinion les désigne sous le vocable péjoratif de « Sidis », stigmatisant et différenciant cette immigration des précédentes. Dès son installation sur l’île Seguin, en 1919, les usines Renault de Boulogne-Billancourt ont recours à ces nouveaux travailleurs. La même année se tient, à Paris, le second Congrès international de la race nègre, coprésidé par Blaise Diagne. Au même moment, parmi la population afro-antillaise, la vie militante est intense et de nombreux journaux et associations « nègres » font leur apparition.

En parallèle, les Parisiens découvrent de nouvelles sonorités tels le jazz et le ragtime importés par les troupes afro-américaines arrivées en France en 1917. En 1919, l’orchestre noir américain Southern Syncopted Orchestra, fondé par le compositeur Will Marion Cook, fait un triomphe au Casino de Paris et les premières galeries d’art ouvrent leurs portes. Présences asiatique, maghrébine et afro-antillaise sont partie prenante des Années folles dans la capitale. On assiste aux premières visibilités politiques avec la candidature aux élections municipales du Réunionnais Jean Barquisseau dès 1919, et plus tard, du Sénégalais Lamine Senghor en 1925, à la mairie du XIIIe arrondissement.


Photos
1

Design : www.graphipro.com | Développement : equity