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Vie portuaire et premières présences des suds (1896-1913)

La Normandie est profondément ancrée sur le littoral avec quatre départements maritimes et une multitude de ports, dont certains d’importance nationale. Avant la Première Guerre mondiale, Rouen est le second port français en volume de fret et impose son identité coloniale avec l’activité de la Compagnie française des cotons algériens. Le Havre est, pour sa part, au coeur du commerce colonial, spécialisé dans le thé, le poivre, les bois et le rhum. Région très rurale, ne possédant alors pas de bassin industriel, la Normandie n’attire que peu de migrants de « travail ». La présence des travailleurs non Européens en Normandie se résume, au tournant du XXe siècle, à quelques centaines de travailleurs recrutés dans les mines ou les entreprises locales, comme les Chinois de l’usine à soie d’Arques-la-Bataille (Dieppe). On dénombre également quelques étudiants coloniaux à l’École pratique coloniale du Havre — créée en 1908 pour dispenser une formation aux futurs colons — ou dans les chantiers navals de Cherbourg, venus acquérir des techniques de construction, mais aussi des groupes de dockers ou de marins qui sont ponctuellement recensés dans les principaux ports.

Ce mouvement migratoire, naissant au début du siècle, provoque une certaine curiosité chez les populations locales. Bien que la région ait connu une présence noire, mais peu nombreuse au XVIIIe siècle en raison de son passé négrier, l’arrivée de cent « Noirs » du Dahomey, en 1909, éveille l’imagination et les passions… En effet, si seulement deux à trois mille « indigènes » sont passés par Le Havre entre 1850 et 1936, la cité a, très tôt, une réputation de « ville cosmopolite ». La région possède pourtant un nombre d’immigrés bien inférieur à la moyenne nationale (0,5 % en Normandie contre 2,7 % en France en 1896) et la plupart des étrangers viennent de pays limitrophes, notamment des Anglais, qui représentent 20 % des étrangers en 1896, et nombre de Belges. Région portuaire, la Normandie connaît aussi des émigrations vers l’Amérique du Nord et du Sud. À tel point que la Compagnie générale transatlantique ouvre un « service de l’émigration » sur les quais du Havre au milieu du XIXe siècle, pour accueillir et enregistrer les grands voyageurs. La dimension coloniale du port du Havre ne cesse de croître depuis l’Exposition de 1887, et se traduit par l’augmentation lente mais régulière d’ultramarins dans la région. Mgr Lemonnier, évêque de Bayeux, craint alors l’essor « dangereux » de ce flux migratoire, qui « apportera une grave perturbation dans les mœurs et les habitudes religieuses de nos chrétiennes populations normandes ». À la veille de la Grande Guerre, on s’inquiète désormais, en région, de la présence des Suds.

 


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