Expositions

Les cultures noires (1919-1929)

« Le voir un jour. C’est mon rêve joli. J’ai deux amours. Mon pays et Paris. »

Joséphine Baker, 1930

Après-guerre, le mouvement noir est marqué par la tenue à Paris du second Congrès panafricain, en 1919. Réponse directe à l’absence de voix noires à la conférence de Versailles, il rassemble de nombreux parlementaires afro-antillais français comme Gratien Candace, Joseph Lagrosillière et Achille-René Boisneuf, ainsi que des responsables noirs du monde entier. L’Afro-Américain William E. Burghardt Du Bois, co-président du Congrès, veut faire reconnaître les droits internationaux des « Nègres » et obtenir des puissances coloniales une reconnaissance de leurs sacrifices pendant la guerre. En France, dans le champ culturel, les Noirs gagnent en visibilité : au théâtre, les artistes afro-antillais sont désormais dirigés par des metteurs en scène d’avant-garde. Habib Benglia, le premier comédien noir, est, dès 1913, la vedette de plusieurs spectacles.

Dans le domaine de la musique, le jazz, introduit en France par les troupes américaines, séduit immédiatement et durablement le public. Mais c’est la Revue Nègre et sa vedette, Joséphine Baker (focus 3), au Théâtre des Champs-Élysées qui suscitent le plus fort engouement. Le sport joue également un rôle majeur : le boxeur Battling Siki marque les esprits en étant le premier Africain à remporter un titre de champion du monde en 1922. Des romanciers comme René Maran (focus 1) commencent à critiquer le système colonial, et rencontrent un réel écho dans la société française. Les colonisés, malgré leur sacrifice pendant la Grande Guerre, sont toujours exclus des lois sur l’extension de la nationalité aux étrangers. Les députés Gratien Candace, Alcide Delmont et Blaise Diagne réclament, en vain, la citoyenneté pour tous les « indigènes » en 1927. Cette profonde humiliation favorise les mouvements anti-colonialistes, tels la Ligue de défense de la race nègre — créée en 1927 par Lamine Senghor, Tiémoko Garan Kouyaté et Camille Sainte-Rose —, le Comité de défense des intérêts de la race noire (CDIRN) ou encore l’Union des travailleurs nègres. Ces positions sont relayées par des revues comme La Race Nègre, organe de la Ligue de défense de la race noire (LDRN), Les Continents, La Revue du Monde Noir, Le Cri des Nègres…, et par des journaux tels que La Dépêche africaine, alors que le bal nègre de la rue Blomet (focus 2) devient le lieu où se retrouvent toutes ces présences afro-antillaises en France.

 

René Maran (1887-1960)

En 1921, le prix Goncourt est pour la première fois attribué à un auteur noir, le Martiniquais René Maran pour son œuvre Batouala. Véritable roman nègre. Tiré de son expérience d’administrateur des colonies dans l’Oubangui-Chari, il dénonce dans sa préface, le fait colonial, l’emploi des soldats noirs et les abus des colons français. Toute la presse française et internationale se déchaîne. Batouala apparaît comme un acte précurseur de la lutte anticoloniale.

Le bal nègre de la rue Blomet

En 1924, l’homme politique martiniquais Jean Rézard des Wouves organise ses réunions électorales dans l’arrière-salle d’un café situé au 33, rue Blomet dans le XVe arrondissement. Bientôt, ses meetings deviennent le lieu de réunions dansantes et le rendez-vous de toute la communauté afro-antillaise de Paris et feront du Bal Nègre le lieu emblématique des « cultures noires » dans la capitale.

Joséphine Baker (1906-1975)

En 1925, l’Afro-Américaine Joséphine Baker enflamme le public avec sa « danse nègre ». Presque nue, avec sa ceinture en « régime de bananes », sa gestuelle énergique mêle charleston et contorsions africaines. Son spectacle fait l’effet d’une « bombe » tant au niveau culturel que pour la représentation des Noirs en France et elle devient une star du public français. Personnalité du Tout-Paris et de la nuit, elle s’impose en France en tant qu’artiste noire, un statut que la ségrégation aux États-Unis lui interdisait.

 


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