Expositions

De l’Orientalisme à l’appel des travailleurs (1973-1913)

L’Orient est désormais partout, principalement dans l’architecture et dans les arts. En outre, l’orientalisme acquiert une visibilité institutionnelle avec la création, en 1893, de la Société des peintres orientalistes français, contribuant au déploiement d’un imaginaire sur l’ailleurs. La publicité et la réclame y participent désormais, tout comme les affiches touristiques et maritimes ou le monde du spectacle à travers le « salon mauresque » du Casino de Paris, imité par l’Olympia qui accueille, en 1912, la danseuse-star Armen Ohanian. La capitale est sous le charme. La fin du XIXe siècle voit aussi la construction de nouveaux imaginaires coloniaux à travers des exhibitions autour desquelles se structure un discours anthropologique et de hiérarchisation des races, comme lors des Expositions universelles parisiennes de 1878, 1889 et 1900, mettant en scène des Orientaux — comme le Concert marocain de 1889, proposant eunuques, charmeurs de serpents et danseuses orientales. Cette « mode » se généralise lors des nombreuses expositions coloniales (Lyon en 1894 et 1914, Bordeaux en 1895, Rouen en 1896, Marseille en 1906 et 1922 ou encore Amiens en 1906, Paris en 1906 et 1907, Nancy en 1909 ou Roubaix en 1911), mais aussi au Jardin zoologique d’Acclimatation de Paris qui accueille de nombreuses exhibitions ethnographiques.

Loin de ces exhibitions, la France est aussi devenue un carrefour pour les journalistes, opposants, nationalistes et intellectuels de tout le monde arabe, et surtout de l’Empire ottoman. Par petits groupes ou mouvements partisans, ils créent plusieurs journaux, comme Le Lien indissoluble de Jamâl al-Dîn al-Afghâni (focus 1) ou Teessüf (Le Regret) d’Hakki Bey. Ils fondent aussi des mouvements politiques et organisent des congrès comme celui de 1913 (focus 2) qui touche tout le Moyen-Orient. La France accueille également des étudiants civils ou militaires comme le colonel saint-cyrien Mohamed ben Daoud, sans doute le premier colonel « arabe » de l’école en 1889. Cette même année — celle du centenaire de la Révolution et celle d’un nouveau code de la nationalité avec la loi du 26 juin —, la France compte trois fois plus d’étrangers qu’au début du second Empire. Le recensement de 1901 fait d’ailleurs mention pour la première fois de « travailleurs originaires d’Algérie » et, vers 1905, l’immigration de travail maghrébine, qui a commencé en 1894, connaît un net regain. Ces travailleurs kabyles sont présents dans le sud de l’Hexagone, où ils sont recrutés pour remplacer les grévistes italiens au sein des raffineries Saint-Louis ou à l’Huilerie Marseillaise. On les retrouve sur l’axe Rhône-alpin (Clermont-Ferrand, Saint-Étienne et Lyon), en région parisienne et dans le Nord-Est autour des centres miniers de Courrières, d’Anzin, de Liévin et de Drocourt. En 1912, on estime leur présence à quatre ou cinq mille individus dans tout l’Hexagone. Le temps des immigrations commence.

 

Al-Afghâni

Jamâl al-Dîn al-Afghâni et son disciple Muhammad Abduh se retrouvent à Paris et éditent en arabe Le Lien indissoluble en 1884. La rue de Sèze où ils sont installés devient le rendez-vous de tout ce que Paris compte d’intellectuels arabes, turcs et persans. Jamâl al-Dîn al-Afghâni croise d’autres militants présents en France, comme l’Arménien Adîb Ishâq, que Victor Hugo considère comme le « génie de l’Orient », faisant de sa présence un catalyseur de la lutte des réformateurs à l’égard de l’Empire ottoman.

 Premier congrès arabe à Paris (1913)

En juin 1913, se tient à Paris le premier congrès arabe (ou « arabo-syrien »), marquant la défiance des nationalistes arabes vis-à-vis des jeunes Turcs de l’Empire ottoman, avec en toile de fond les attentes des réformistes au Maghreb. Trois cents congressistes s’y retrouvent et, même si les autorités françaises insistent pour que la notion d’indépendance ne soit pas à l’ordre du jour, la réflexion est clairement panarabe et l’idée nationale omniprésente.


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