Expositions

Propagande & opposition (1922-1940)

« Quel démon m’a poussé en Afrique ? […] J’étais tranquille. À présent, je sais : je dois parler. »

André Gide, Voyage au Congo (1927)

Au-delà des grandes manifestations officielles de l’entre-deux-guerres, le monde colonial influence la société française à travers une multitude d’objets du quotidien ; c’est ce que l’on appelle le « bain colonial ». Pour les adultes, les vecteurs principaux de cette imagerie coloniale au quotidien sont les timbres, les billets de banque, les cartes postales, l’architecture, le mobilier ou la publicité (les bonbons Chocorêve, les culottes Petit Négro et Félix Potin et son chocolat « battu et content » en sont des exemples quotidiennement visibles). Les jeunes Français se passionnent pour les bandes dessinées et découvrent l’empire colonial avec les images glissées dans les tablettes de chocolat Meunier ou Suchard, les découpages offerts par les Grands Magasins du Louvre ou du Bon Marché, les figurines en plomb et en carton de tirailleurs et de spahis ou les jeux qui suivent de près l’« aventure coloniale ». Le cinéma devient un vecteur de promotion majeur de l’idée coloniale à la fin des années 20, aux côtés des rubriques coloniales dans la grande presse, de la presse spécialisée, du roman ou des stands de propagande dans les foires locales.

Dans ce contexte, l’Agence des colonies et les services de l’État utilisent tous les supports de discours et d’imaginaires dans l’objectif de convaincre les Français du bien-fondé de la politique coloniale. Dans le même mouvement, la contestation de la colonisation se développe et se structure au sein du monde colonial, et c’est en Indochine et au Maghreb qu’on trouve les premiers mouvements anticolonialistes locaux. Dans les colonies, la contestation prend d’abord la forme de revendications égalitaires, mais face à la réticence des autorités coloniales à tout changement, les contestations se transforment en révoltes : guerre du Rif au Maroc entre 1921 et 1926, révoltes en Syrie et au Liban en 1925, soulèvement des tirailleurs de la garnison de Yên Bái en Indochine en 1930… Les mouvements nationalistes se radicalisent en mouvements indépendantistes et les leaders nationalistes viennent s’opposer à la galerie des héros coloniaux : Hô Chi Minh et le général Vo Nguyên Giap en Indochine, Ferhat Abbas, l’émir Khaled ou Messali Hadj en Afrique du Nord. L’Afrique subsaharienne et les Antilles ne sont pas en reste avec des activistes comme Lamine Senghor, Tiemoko Garan Kouyaté, Camille Sainte-Rose, Jean Price-Mars ou Aimé Césaire. On leur oppose alors les élus et députés des outre-mer, ainsi que la politique d’assimilation de la France.


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