Expositions

Les apothéoses impériales (1922-1940)

« La colonisation est le plus grand fait de l’histoire. Jamais, chez nous, l’élan de la pensée et son jaillissement n’ont été plus puissants qu’aujourd’hui. »

Paul Reynaud, inauguration de l’Exposition coloniale internationale (1931)

Dans l’entre-deux-guerres, les foires, pavillons coloniaux, semaines coloniales et expositions coloniales se multiplient en France. Marseille en 1922, Bordeaux en 1923, Strasbourg en 1924, Grenoble en 1925, Montpellier et La Rochelle en 1927… Les années 20 lancent cette dynamique. Elles mettent en scène le domaine colonial, le célèbrent en tant que territoire pacifié et offrent une image idéalisée de ses richesses et des réalisations de la métropole. La France devient « la plus grande France » aux cent millions d’habitants et les cartes scolaires se teintent de rose pour délivrer ce message auprès des élèves. À la veille de la crise mondiale de 1929, l’empire est désormais perçu comme partie intégrante de la puissance nationale. Être anticolonial, c’est désormais être anti-français.

Cette célébration coloniale atteint son apothéose au début des années 30, avec le Centenaire de la conquête de l’Algérie (1930) et l’Exposition coloniale internationale de 1931 dans le bois de Vincennes, que vont relayer, chaque année, les semaines coloniales, les salons de la France d’outre-mer en 1935 et 1940, le Tricentenaire des Antilles en 1935, mais aussi les pavillons coloniaux de l’Exposition internationale en 1937. Le point d’orgue de cette mise en scène demeure l’exposition en 1931. Placée sous l’autorité du maréchal Hubert Lyautey et inaugurée par le ministre des Colonies Paul Reynaud, elle comptabilise trente-trois millions de tickets vendus (soit huit à neuf millions de visiteurs individuels revenant plusieurs fois) et s’affirme comme une des plus importantes manifestations françaises du XXe siècle. Les pavillons des territoires ultramarins de la France, et des autres métropoles, sont répartis sur plus de cent dix hectares. Toutes les populations présentées sont actrices d’une geste coloniale dont les héros (notamment les maréchaux Hubert Lyautey, Joseph Gallieni et Thomas Robert Bugeaud) sont les chefs d’orchestre. Les oppositions à l’exposition sont minoritaires : une contre-exposition est organisée, La vérité aux colonies, par le parti communiste français, la Confédération générale du travail unitaire et les surréalistes, mais elle ne comptera que cinq mille visiteurs. La machine propagandiste se dote, en 1932, d’un musée des Colonies installé dans le Palais de la porte Dorée et qui deviendra le musée de la France d’outre-mer en 1935. Dans le même temps, la vie intellectuelle et artistique en France impose un nouveau regard, dont La Revue nègre de Joséphine Baker en est l’expression la plus populaire.


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