Leaders assassinés en Afrique centrale 1958-1961. Entre construction nationale et régulations des relations internationales

Karine Ramondy est historienne et chercheuse associée à l’UMR SIRICE (Sorbonne, Identités, Relations Internationales et Civilisations de l’Europe) Paris I Panthéon-Sorbonne. Ses recherches s’articulent autour de l’histoire de l’Afrique dans les relations internationales au XXe siècle, de l’histoire sociale de l’Afrique, du panafricanisme et de l’histoire du corps. Elle a participé à l’ouvrage collectif La mort du bourreau. Réflexions interdisciplinaires sur le cadavre des criminels de masse sous la direction de Sévane Garibian (Éditions Pétra, 2016). Son dernier ouvrage, issu de son travail doctoral, intitulé Leaders assassinés en Afrique centrale 1958-1961, est paru aujourd’hui, le 21 avril 2021, dans la collection Études africaines chez L’Harmattan. En suivant la trajectoire de quatre leaders d’Afrique centrale au temps des indépendances, Barthélémy Boganda (République centrafricaine), Patrice Lumumba (République du Congo), Félix Moumié et Ruben Um Nyobè (Cameroun), l’auteure a cherché à explorer en quoi l’assassinat politique peut constituer un moyen de réguler les relations internationales et être l’un des fondements de la construction nationale du pays d’origine de ces leaders disparus.

 

L’histoire est jalonnée de nombreux débats sur la légitimité du recours à la force létale à des fins politiques. L’assassinat politique se situe au plus haut niveau des activités d’espionnage classique, classées à haut risque, menées par des États. Ces actions sont planifiées et exécutées de manière à ce que le rôle du gouvernement ne soit pas apparent ou admis publiquement, mais cette clandestinité ne garantit pas un secret absolu.

 

Ce livre est né de la volonté de mettre en lumière, de façon comparée et dans une approche globale, les disparitions violentes de quatre leaders charismatiques d’Afrique centrale au tournant des indépendances, vécues comme de formidables moments d’accélération de l’Histoire.

 

Composé de quatre parties, cet ouvrage retrace le parcours atypique et fulgurant de ces leaders porteurs de projets ambitieux et indépendants pour leurs jeunes nations. Il démontre comment la disparition de ces leaders a constitué sur l’instant et, surtout, a posteriori, des moments fondateurs des Nations émergentes. Il révèle comment leurs désillusions onusiennes et panafricaines resserrent sur eux l’étau mortel d’une Realpolitik entre bipolarisation et néocolonialisme et apporte un éclairage précis, dans les domaines de la Défense et du renseignement, sur les actions réalisées par les puissances pour entraver celles des leaders étudiés.

 

Cette étude a également permis de cerner un certain nombre d’invariants à l’assassinat politique sous forme de procédés communs comme l’arme judiciaire, l’arme médiatique, l’absence de sépultures décentes, la damnatio memoriae dont les leaders sont frappés et qui aboutissent a contrario à une inversion symbolique et iconique.

 

L’originalité de ce travail a été également de se placer dans une approche globale, d’appréhender pleinement, et à toutes les échelles, le rôle des décideurs, acteurs dans ces disparitions et de cerner les connexions politiques, médiatiques et financières dont la réalité avait été masquée par le narratif national ou l’approche bilatérale « métropole-colonie ».

 

Découvrir le livre : https://www.editionsharmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=65793