Enseigner les traites, les esclavages, les abolitions et leurs héritages

 

Marie-Albane de Suremain est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris-Est Créteil. Ses recherches portent sur la construction des savoirs en sciences sociales en situation coloniale et postcoloniale, ainsi que sur l’enseignement des « questions socialement vives » telles que l’histoire des esclavages. Éric Mesnard est professeur d’histoire et de géographie dans la même université. Il travaille depuis de nombreuses années sur l’histoire des Antilles et de l’esclavage colonial. Ensemble, ils ont dirigé Enseigner les traites, les esclavages, les abolitions et leurs héritages (CNRS et Karthala, 2021), un ouvrage à destination des spécialistes comme du grand public sur la manière dont sont, et dont pourraient être, transmises ces histoires longtemps occultées par les institutions scolaires.

 

Les traites, les esclavages et leurs abolitions constituent, dans la longue durée, une page essentielle de l’histoire de l’Europe, de l’Afrique et des Amériques, autour de l’espace atlantique, mais aussi de l’océan indien.

 

Depuis une vingtaine d’années, l’histoire et la mémoire des traites, des esclavages et de leurs abolitions tiennent une place croissante dans l’espace public et dans un nombre grandissant d’États. C’est une réponse à une demande sociale importante, portée, notamment, par des mouvements ou des associations de la société civile. Toutefois, même lorsqu’une plus grande visibilité de cette histoire est assurée, lorsque les mémoires sont mieux prises en compte – et l’on ne peut que s’en réjouir –, force est de constater que cette situation reste fragile ou ambiguë. À parcourir les programmes scolaires des différents États concernés par ces héritages et à interroger les pratiques des enseignants, on constate que ces pages d’histoire restent bien souvent des points relativement aveugles dans le champ des savoirs scolaires ou sont perçues comme des questions « sensibles », qui seraient difficiles à aborder en classe en fonction des publics scolaires. 

 

Constatant à la fois les avancées de l’historiographie sur les traites et les esclavages, les variations des demandes sociales sur de telles pages d’histoire et la complexité de la situation des histoires scolaires prescrites ou enseignées, les auteurs de cet ouvrage proposent de croiser les perspectives sur l’enseignement de ces questions en Afrique, en Europe et en Amérique. L’objectif est d’ouvrir, à travers une topographie variée d’études de cas et d’analyses, des réflexions utiles non seulement à des enseignants soucieux de revenir sur leurs pratiques et sur les enjeux historiques et civiques de l’enseignement de telles questions, mais aussi profitables pour un public plus large, qui s’intéresse aux articulations entre la recherche historique, ou plus largement en sciences humaines et sociales, et la formation des jeunes générations scolaires.

 

L’enjeu de cette publication est de participer à la reconnaissance de la place de l’histoire des traites, des esclavages et de leurs abolitions dans des histoires nationales et mondiale, intégrées aux histoires scolaires, dont les dénis encore actuels soulignent que ce processus ne va pas de soi. Celui-ci implique en effet de prendre en compte la dimension coloniale des histoires nationales plutôt que de la considérer comme marginale et de l’enseigner effectivement dans les écoles, collèges ou lycées. Cet ouvrage a pour objectif de mettre en perspective la diversité des situations nationales de ce point de vue, qui sont autant d’interpellations sur les pratiques, le sens et la portée de ces enseignements scolaires. Par conséquent, c’est travailler à une mise en connexion des expériences, aussi bien à partir de leurs éléments de convergence que des contrastes exposés pour proposer une histoire scolaire plus globale des traites, des esclavages, de leurs abolitions et de leurs héritages contemporains.

 

 

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