Une histoire des banlieues pour comprendre vraiment la France du XXIe siècle

Erwan Ruty est responsable associatif. Il est aujourd’hui le directeur du Médialab93, un incubateur qui soutient les jeunes créatifs de la Seine-Saint-Denis. Diplômé en histoire contemporaine et en sciences politiques, il a été rédacteur en chef du Journal officiel des banlieues, coordinateur d’un réseau d’une dizaine de médias « de quartier » (Presse & Cité) et rédacteur en chef du journal Ressources Urbaines, la première agence de presse des quartiers, cofondateur aussi du trimestriel de la diversité Respect mag et ancien rédacteur social/société de Pote à Pote, le « premier mensuel des quartiers ». Il a été l’organisateur d’un très grand nombre de rencontres publiques d’ampleur nationale, à régulièrement travaillé avec le Groupe de recherche Achac depuis 15 ans, et il a proposé des formations autour de la question des médias et des banlieues. Il a publié « Macron et les banlieues » dans la revue Esprit(novembre 2017) et vient de publier Une histoire des banlieues françaises aux éditions François Bourin en février 2020.

Comment se fait-il qu’aucune histoire globale de ces territoires n’ait encore été publiée ? Alors que si on considère les banlieues dans leur sens politique, qui est le nôtre, à savoir celui de territoires périphériques de grands ensembles accueillant une population composée des couches populaires à la fois majoritairement issues de la société post-industrielle et de l’immigration postcoloniale, celles-ci accueillent pourtant près de dix millions de personnes... 

Pourtant, elles ont été, en trente ans, l’épicentre d’un très grand nombre d’événements inédits qui ont bouleversé la société française : Marche pour l’Égalité et contre le racisme en 1983 (dite « des beurs »), émergence du rap, victoires footballistiques, émeutes de 2005, renouveau identitaire (FN à deux seconds tours des Présidentielles et assimilation avec les attentats djihadistes)… Les lectures partielles de ces phénomènes foisonnent (autour de la sécurité, de la « diversité », de la religion...) contribuent largement à voiler l’une des principales caractéristiques des banlieues : celles-ci ne sont pas un « ailleurs » de la société française, mais un condensé des crises et opportunités qui la traversent. État boursoufflé, nouvelles solidarités « labiles », communautarisme zombie : les banlieues témoignent elles aussi d’une « droitisation » des comportements sociaux (individualisme, consumérisme, religiosité conservatrice, compétition sportive, esprit entrepreneurial…). Tout autant que d’un dynamisme et d’un renouveau culturels indispensables à la ré-oxygénation de la culture populaire (à tel point que les cultures urbaines sont dorénavant le cœur battant de celle-ci), ainsi que d’innovations sociales foisonnantes, dans le domaine des médias, de la solidarité ou de de l’action associative. 

Laboratoire de la France de demain, les banlieues n’ont pas fini de nous surprendre et de nous déstabiliser. Bien sûr, elles sont les actrices d’un ressort démographique susceptible de créoliser la société française, lui fournissant des ressources indispensables en temps de mondialisation des mœurs. Mais surtout, à l’heure où l’on interroge une mondialisation qui a appauvri et atomisé les classes populaires occidentales et où il est question de relocalisation, ces banlieues périphériques et surnuméraires ne manquent pas d’atouts pour sortir enfin des marges et revenir au centre de la société française, à l’instar de ce qu’elles furent à l’époque de la « banlieue rouge » dans la société industrielle. Elles jouissent en effet d’un territoire et d’une population qui disposent des outils et compétences pour accueillir et animer une économie du recyclage, de la rénovation, de la réparation. Afin de redevenir ainsi le moteur du dynamisme français, aussi bien culturel qu’économique et social. 

Ce livre — Une histoire des banlieues françaises   — offre un premier regard et une première histoire globale des « banlieues ».