Le programme Culture coloniale
en France a pour objectif de mettre à jour l’imaginaire colonial produit
en métropole depuis le XIXe siècle. Le programme a vu le
jour en 1990 au sein du séminaire doctoral organisé par
l’Achac et rattaché au Centre de Recherches Africaines (Paris
I, Sorbonne). La première étape a d’abord consisté à répertorier
les sources iconographiques (23 fonds iconographiques explorés,
environ 1 100 000 images visionnées, 40 000 sélectionnées,
photographiées et répertoriées), puis s’est
attachée à exploiter de façon scientifique ces sources
lors de deux colloques internationaux, le premier à la Bibliothèque
nationale, en 1993 et le second à l’Institut du Monde Arabe,
en 1994 et dans le cadre d’un Cd-rom mis à disposition des
chercheurs.
L’analyse scientifique de ces fonds s’est fondée
sur le rapport dialectique entre la colonisation comme projection de
la puissance outre-mer (concernant d’abord les territoires colonisés)
et la colonisation comme fait de culture (concernant aussi bien la
métropole que les colonies). Dans cette perspective, l’Achac
a développé une revue scientifique, Plein Sud, et un
programme de manifestations culturelles et scientifiques, intitulé Images
et Colonies, s’attachant particulièrement aux représentations
corporelles de l’altérité, qui constituent un analyseur
privilégié de la construction en métropole de
l’image du colonisé.
L’exposition Images et colonies a été présentée à l’Hôtel
national des Invalides (MHC-BDIC) en octobre 1993 et a accueilli plus
de 30 000 visiteurs. À partir de ce succès, une double
itinérance internationale a été organisée
en Europe et en Afrique. Les étapes sont nombreuses en France
et en Europe : Saint-Malo (mai 1995), Lisbonne (mai-août 1995),
la Guadeloupe (juin 1996), la Réunion (septembre 1996-janvier
1997). En Afrique, Images et Colonies a été présentée à Bamako
(octobre 1994), Ouagadougou (février 1995) et Abidjan (mai 1995),
Niamey (juin 1996) et Madagascar (mars 1997). Parallèlement,
le programme Images et Colonies a proposé à toutes les
institutions, écoles et associations qui souhaitaient l’accueillir
(de 1994 à 2004), une exposition en 120 exemplaires de 20 panneaux,
accompagnée d’une mallette pédagogique, de la production
d’un TDC (40 000 ex.) et d’un livret du professeur publié avec
la Ligue de l’enseignement.
Dans le prolongement du programme, l’Achac, en partenariat avec
les archives du film CNC et l'Institut du Monde Arabe, ont organisé un
colloque, une exposition et un festival en février 1994, intitulés
Maghreb et Afrique noire au regard du cinéma colonial.
Images et colonies s’est poursuivi avec le programme Miroirs
d’Empire, en 1997. Soutenu par de nombreux partenaires dont la
CEE, la Ville de Lille, la Ligue de l’enseignement, la Flasen
et placé sous le haut patronage de l’Unesco, ce programme
aborde, à travers deux colloques et deux expositions à Lille
et Bruxelles, les conséquences de la construction d’un
imaginaire colonial en France et en Belgique sur les politiques d’immigration
et les pratiques d’insertion.
La même année, l’Achac, avec la Documentation française
et La Martinière a publié Images d’empires. Ce
livre analyse le regard de la France sur « son » Empire
en montrant pour la première fois au public le fonds photographique
destiné à promouvoir l’action de la France dans
ses colonies.
Depuis 2003, l’Achac a cherché à définir
ce qui constituait « la culture coloniale » en France et
par extension, « la culture post-coloniale » à travers
trois ouvrages parus chez Autrement. Le premier volet — Culture
coloniale. La France conquise par son Empire (1871-1931) — montre
comment le fait national a été modelé par l’idéologie
coloniale. Plus que des aventures lointaines, les conquêtes coloniales
sont un ciment de la société française qui renforcent,
légitiment et alimentent la République dans sa dynamique
interne. La France fait ainsi entrer l’Empire dans sa culture,
dans son quotidien. Avec le deuxième volet de la trilogie — Culture
impériale. Les colonies au cœur de la République
(1931-1961) — étudie la façon dont cette culture
s’enracine dans la société française en
se banalisant à partir des années 1930. La métropole
est alors, en dépit de quelques voix dissidentes, totalement
imprégnée de près d’un siècle d’utopies
coloniales. Le troisième volet — Culture post-coloniale.
Traces et mémoires coloniales en France (1961-2006) — aborde
la redécouverte, par la France, de son passé colonial,
cinquante ans après le début de la guerre d’Algérie
et la défaite indochinoise, et que de nombreux phénomènes
demeurent liés à la période coloniale. La coopération,
la francophonie, les immigrations post-coloniales, le débat
sur l’esclavage la concurrence des mémoires… sont
autant d’exemples qui montrent la permanence de l’héritage
colonial dans la France d’aujourd’hui.
En 2008, l'ensemble de ce travail sur les cultures coloniales a été regroupé dans Culture coloniale en France de la Révolution française à nos jours, sous la direction de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire ; ouvrage publié aux éditions CNRS avec le concours des éditions Autrement.