Expositions

La diversité des lieux d’exhibition : des jardins aux scènes de théâtre / De 1850 à 1914

« La foule se presse aux grilles comme devant des animaux extraordinaires »

Paul Juillerat, Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris (1881)

Dès le milieu du XIXe siècle, l’exhibition s’installe partout (théâtres, foires, jardins d’acclimatation, cirques, cabarets…) et le public répond présent. À la fin du second tiers du XIXe siècle, les zoos et jardins se tournent progressivement vers l’exhibition d’humains .Ce phénomène s’étend à travers toute l’Europe (notamment en Suisse, en Grande-Bretagne, en France, en Espagne et en Allemagne), et le Jardin zoologique d’Acclimatation de Paris accueillera, par exemple, plus de trente-cinq exhibitions ethniques entre 1877 et 1931. Dans cette dynamique, Carl Hagenbeck, à Hambourg, va créer son zoo en 1907 pour exhiber régulièrement des troupes et des animaux exotiques.

Aux côtés des jardins d’acclimatation, qui reçoivent des visiteurs et des savants venant à la rencontre des prétendus « sauvages », les théâtres et cabarets deviennent également des étapes incontournables pour ces spectacles. Dès lors, se côtoient sur scène des familles d’Aborigènes à Londres et à Berlin, des Zoulous aux Folies-Bergère, des Indiens à Bruxelles et à Hambourg, des Dahoméens au Casino de Paris, des acrobates japonais dans toute l’Europe et jusqu’à Saint-Pétersbourg, des charmeuses de serpents, des danseuses du ventre ou des artistes malabares sur les scènes des théâtres italiens ou des cirques hollandais. La frontière est alors ténue entre exhibition ethnique et représentation théâtrale, une troupe pouvant passer d’un genre à l’autre comme le démontre l’activité de l’impresario Guillermo Farini. De l’acteur afro-américain Ira Aldridge au clown cubain Chocolat, de la danseuse japonaise Hanako aux trois Grâces Tigrées à l’Olympia, des danseuses cambodgiennes fascinant Auguste Rodin aux black face minstrels, tous s’imposent progressivement comme des artistes à part entière en Occident.

 

Focus 1 : Guillermo Farini 

L’Americain William Hunt (1838-1929), alias Guillermo Farini, débute sa carrière comme funambule avant de se lancer comme manageur d’êtres humains. Passionné de machineries théâtrales et de découvertes scientifiques, il exploite avec succès la fascination naissante des Occidentaux pour le continent africain en exhibant des bushmen et des troupes dans toute l’Europe, devenant ainsi le « roi de l’étrange ».

 

Focus 2 : Les Folies-Bergère, temple du spectacle ethnique

A partir de 1884, un groupe d’Aborigènes est montré à travers tous les Etats-Unis puis en Europe dans les plus grands théâtres. A la fin de ce périple, ils se seront plus que trois survivants lorsqu’ils arrivent en France, au Folies-Bergères. Dès le tournant du siècle, toutes les scènes des capitales européennes programment ce type de spectacles tel le Musée Castan à Bruxelles, l’Alhambra à Londres ou l’Arkadia de Saint-Pétersbourg.

 


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