Expositions

D’où viennent les joueurs et joueuses depuis un siècle ?

« Le football est à l’image de la composition ethnique d’une nation. Il est le reflet assez fidèle de la politique de colonisation, d’immigration et de nationalité…»

Albrecht Sontag, 1998

L’origine des joueurs afro-antillais, océaniens, maghrébins, européens d’Afrique du Nord, sud-américains et de tous les pays européens suit les méandres de l’histoire coloniale, des différentes vagues d’immigration et du contexte géopolitique des différents pays et des outre-mer. Les premières années du football français voient l’arrivée de joueurs issus d’une immigration venant d’Europe de l’Ouest et d’Italie à l’image de Maurice Vandendriessche et des frères Geronimi, tandis que pendant l’entre-deux guerres les joueurs sélectionnés en équipe nationale sont essentiellement des Européens d’Algérie. Les années 1930 marquent l’arrivée des premiers joueurs maghrébins et africains avec la sélection du Sénégalo-Guyanais Raoul Diagne en 1931, des Algériens Ali Benouna en 1936 et Abdelkader Ben Bouali en 1937, ainsi que le Marocain Larbi Ben M’Barek en 1938. Suite à l’Anschluss, l’équipe de France accueille de nombreux Austro-Hongrois comme Rodolphe « Rudi » Hiden ou le brillant milieu de terrain Gusti Jordan fuyant le régime politique de leur pays. Pendant la première moitié des Trente Glorieuses, l’équipe nationale est renforcée principalement par les vagues migratoires italienne et polonaise, et connaît une représentation plus importante de joueurs maghrébins.

Le départ des joueurs algériens en 1958, pour rejoindre l’équipe du FLN et soutenir l’Algérie indépendante, va marquer une rupture nette dans l’histoire du football français : aucun joueur maghrébin ne sera sélectionné entre 1962 et 1976, ni aucun joueur pied-noir entre 1962 et 1967. Les autorités sportives se tournent alors vers la Martinique au début des années 1960 et intègrent Paul Chilian et Daniel Charles-Alfred en équipe nationale. Dans les années 1970-1980, se mêlent joueurs issus des immigrations italienne et espagnole mais également des joueurs des Antilles et d’Afrique noire, où le recrutement s’intensifie, à l’image de la « Garde noire » sénégalo-guyanaise composée par Marius Trésor et Jean-Pierre Adams. Ces années marquent également le début de l’équipe nationale féminine, où les joueuses d’origine étrangère viennent principalement du Maghreb, ainsi que d’Europe du Sud et de l’Est, telles que la Tunisienne Dominique Tedeschi, Nicole Abar, d’origine italo-algérienne et Myriame Olejnik, d’origine polonaise. En équipe nationale masculine, tandis que le dernier joueur pied-noir William Ayache est sélectionné en 1988, Zinédine Zidane, d’origine kabyle, marque le retour des joueurs maghrébins en 1994. Il jouera entre autres aux côtés du Guadeloupéen Lilian Thuram et du Ghanéen Marcel Desailly dans une équipe « multicolore », symbole de la France « Black-Blanc-Beur ». En 2018, les joueurs et joueuses provenant des différentes générations d’immigration africaine et européenne et des présences antillaises continuent à briller en équipe de France, à l’image d’Antoine Griezmann, Kylian Mbappé, Ouleymata Sarr ou de Onema Grace Geyoro.


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