Memoire Combattantes

Expositions

Origines des troupes noires américaines (1528-1914)

« Attendu que le conflit qui oppose la Grande-Bretagne à ses colonies doit respecter les libertés et valeurs de ces dernières, seuls des hommes libres peuvent être admis dans la nouvelle armée. »

Résolution du Comité de défense du Massachusetts (1775)

Dès les premiers temps de la colonisation du continent américain, l’idée d’associer des « hommes de couleur » aux opérations militaires provoque de vives controverses. Si la présence d’esclaves noirs est attestée en 1528, avec Estevanico de Dorantes, elle ne débute vraiment qu’à partir de 1619, par l’importation d’une main d’œuvre servile dans les établissements européens de la côte Est. Dans un contexte de tensions permanentes avec les populations indiennes, les Hollandais sont les premiers, en 1641, à utiliser des esclaves comme soldats auxiliaires. Deux ans plus tard, la présence d’un Africain-Américain habilité à porter les armes — Abraham Pearce — est signalée en Nouvelle-Angleterre, et, en 1643, la colonie du Massachusetts autorise les esclaves à suivre un entraînement militaire au même titre que les sujets britanniques. L’intégration des Noirs est cependant loin d’être acquise et nombreux sont les colons qui répugnent à initier les esclaves au métier des armes, dans la crainte de révoltes. Tout au long de la période coloniale, diverses attitudes sont adoptées mais, dans un contexte où les Africains représentent près d’un demi-million d’individus (vers 1770), leur emploi en qualité de main-d’œuvre militarisée s’impose.

Lors de la guerre d’Indépendance, la question reste cruciale. Alors que les Anglais adoptent une attitude pragmatique, George Washington proscrit le recrutement de soldats africains-américains, jugé « indigne », et leur présence est seulement tolérée dans la marine. La pénurie d’hommes aidant, les rebelles vont peu à peu se résoudre à l’engagement d’hommes de couleur. Le conflit terminé, l’accès à l’armée leur est statutairement fermé et il faudra attendre le conflit anglo-américain de 1812 pour que l’on procède, de nouveau, au recrutement d’esclaves. La guerre de Sécession, qui éclate en 1861, constitue une étape majeure. Alors que les États du Sud mobilisent rapidement leurs esclaves comme main-d’œuvre, le gouvernement de l’Union accepte l’engagement des Africains-Américains au sein de la marine, mais pas au sein de l’armée. L’abolition de l’esclavage dans les États du Nord, en 1863, va cependant permettre de dépasser ces restrictions.

À la fin de la guerre de Sécession, en 1865, on comptera de nombreux régiments noirs ayant combattu. Pour autant, leur présence difficilement admise est régie par un principe de ségrégation stricte. Astreints à des tâches ingrates, ils ne servent que dans des unités spécifiques commandées par des officiers blancs. L’accès aux écoles militaires est restreint, malgré quelques parcours d’exception comme celui d’Henry Ossian Flipper, en 1877, à West Point. C’est cette situation qui prévaut à l’heure de l’engagement des Américains dans la Grande Guerre en 1917.


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