Memoire Combattantes

Expositions

De la ségrégation à la mémoire partagée

« Aux États-Unis et même au Viêtnam, à l’arrière, les Noirs et les Blancs étaient ennemis. Mais sur le terrain, mon vieux, il n’y avait qu’unité et harmonie. »

Joe Blow, soldat au Viêtnam (1988)

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la nécessité de repenser la place des Africains-Américains dans l’US Army s’impose. Malgré de fortes réticences, le président Harry S. Truman met finalement un terme au débat le 26 juillet 1948, en promulguant la fin de la ségrégation dans l’armée. Loin d’apaiser les tensions au sein de l’institution militaire, l’application des nouvelles mesures va mettre plusieurs années à s’imposer et il faudra attendre 1954 pour que la dernière unité de couleur disparaisse. Pour autant, on observe à partir de la guerre de Corée une évolution progressive des mentalités menant peu à peu à une véritable fraternité d’arme entre Blancs et Noirs. Une décennie plus tard, l’engagement américain au Viêtnam va consacrer la fin définitive de l’esprit de ségrégation avec, comme contrepartie perverse, une surreprésentation, au début du conflit, des Africains-Américains dans les unités combattantes les plus exposées comme, par exemple, l’infanterie. Enfin, l’accession en 1989 d’un Africain-Américain — le général Colin Powel — au poste prestigieux de chef d’état-major des armées des États-Unis, a définitivement supprimé toute forme de restriction liée à l’origine raciale au sein de l’US Army.

Après deux siècles de revendications, le combat des Noirs américains pour accéder librement au métier des armes fait figure de mouvement pionnier dans la lutte pour les droits civiques menée par les Africains-Américains dans les années 1960. Le souvenir de ce combat est devenu, avec le temps, un enjeu de mémoire comme en témoigne la reconnaissance officielle en 1995 par le président George Bush de l’action des Tuskegee Airmen pendant la Seconde Guerre mondiale. L’évocation de ce conflit a, par ailleurs, généré au tournant du XXIe siècle une filmographie assez importante où les soldats noirs figurent désormais en bonne place. Au demeurant, il est important de noter qu’une polémique virulente a opposé le réalisateur africain-américain militant Spike Lee à Clint Eastwood à propos du film Lettres d’Iwo Jima sorti en 2006, le premier reprochant au second de n’y avoir pas fait figurer de soldats noirs. Plus proches de nous, les commémorations, liées au centenaire de la Grande Guerre, exhument les sacrifices consentis par la communauté africaine-américaine en 1918. Ainsi, une bande dessinée de Max Brooks consacrée aux Harlem Hellfighters a vu le jour en 2014 ; elle doit faire l’objet d’une adaptation cinématographique.


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