Memoire Combattantes

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Les événements de mai-juin 1940 : les massacres

"Les massacres sont l’expression d’un mépris raciste rendu virulent par la fatigue et l’angoisse des combats ainsi que du ressentiment, à la fois outré et haineux, provoqué par l’occupation de la Ruhr…"

Johann Chapoutot, 2015

A partir de la fin du mois de mai, la propagande de Joseph Goebbels rappelle aux soldats allemands l’épisode de la « Honte Noire » et accuse les soldats africains de sauvagerie sur le champ de bataille. Dès lors, les exactions se multiplient. Les premières exécutions ont lieu à Aubigny dans la Somme où une cinquantaine de prisonniers du 24e RTS sont abattus le 24 mai. C’est début juin 1940, à l’occasion de la deuxième vague de l’offensive allemande à l’ouest, que les exécutions s’intensifient. Une première série de crimes est relevée le 5 juin dans la Somme à Crouy-Saint-Pierre, Cavillon et à Hangest-sur-Somme, puis le lendemain à Domart et Dromesnil. Le 7 juin 1940, à Airaines, les Allemands fusillent tirailleurs et gradés africains du 53e RICMS, dont le capitaine Charles N’Tchoréré, originaire du Gabon. Le 8 juin, des massacres ont lieu à nouveau à Dromesnil et le 9 juin, à Mareuil-la-Motte dans l’Oise, un fait connu grâce au témoignage de Michel El Baze, mais aussi à Lieuvilliers. Les 10 et 11 juin 1940, c’est à Erquinvillers et à Cressonsacq que sont tués les survivants et les prisonniers sénégalais et guinéens de la 4e DIC et du 24e RTS. Les officiers français qui tentent de s’interposer subissent le même sort, comme le capitaine Jean Speckel du 16e RTS à Cressonsacq. Tandis que la plupart des unités coloniales retraitent tout en continuant à combattre comme le 28e RTS sur le Cher ou le 27e RTS sur la Loire, les Allemands poursuivent leur politique de terreur. Jean Moulin, préfet d’Eure-et-Loir, manque lui aussi d’être exécuté pour avoir refusé de reconnaître de prétendues exactions commises par les tirailleurs. À la mi-juin encore, des artilleurs indigènes sont exécutés à Sillé-le-Guillaume (72), le 19 juin 1940, après une semaine de massacres dans une quinzaine de lieux (voir la carte des Massacres et mémoriaux en France ci-contre : cette carte ne concerne que les massacres à
l’encontre de troupes venues des colonies en France). Les 19 et 20 juin, l’horreur culmine près de Lyon, notamment à Chasselay (voir panneau 7). Des massacres ont lieu dans tout le Rhône, comme à Lentilly, Fleurieux-sur-l’Arbresle, Pontcharra-sur-Turdine, Champagne-au-Mont-d’Or ou Éveux à l’initiative de la SS-Panzer-Division Totenkopf et d’unités de la Wehrmacht. Au total, selon plusieurs travaux dont ceux de Raffael Scheck, plus d’une cinquantaine de lieux de massacres, faisant entre mille cinq cents et trois mille victimes, sont recensés. Cette haine raciste, canalisée par l’idéologie nazie, trouve explicitement son origine dans les stéréotypes du « tirailleur coupeur d’oreilles » hérités de la Grande Guerre et les séquelles de la « Honte noire ».


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