Memoire Combattantes

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La force noire & la Première Guerre mondiale

"Les tirailleurs furent, tous ces jours-ci, les enfants chéris de notre capitale."

L’Illustration, juillet 1913

En 1900, les troupes destinées à servir outre-mer, constituées d’Européens et de « soldats indigènes », connues sous le nom de Troupes de Marine, passent au ministère de la Guerre
sous le nom de Troupes coloniales. À partir de 1908, les tirailleurs sénégalais sont engagés dans la campagne du Maroc. L’Empire colonial s’organise, avec la création de l’A-ÉF en 1910, et l’idée s’affirme alors que ces « troupes noires » pourraient être employées hors du continent africain (à l’image des troupes algériennes engagées en Crimée ou au Mexique). C’est dans ce contexte que le futur général Charles Mangin théorise, dans son ouvrage La Force noire (1910), l’utilisation de ces unités, notamment en Afrique du Nord et en Europe. Dans un climat de crainte d’une nouvelle guerre contre l’Allemagne, le Parlement, la presse et l’opinion publique se passionnent pour ce projet. Le gouvernement français organise et développe, dans le même temps, la conscription dans tout l’Empire, notamment en Algérie et dans les « vieilles colonies ». Le défilé du 14 juillet 1913, qui se déroule traditionnellement à Longchamp, va regrouper les unités issues de tout l’Empire colonial. Alors que toutes les unités coloniales reçoivent leur drapeau en une cérémonie unique d’hommage de la République, le 1er régiment de tirailleurs sénégalais (RTS) est mis spécifiquement à l’honneur. À cette date, les tirailleurs sénégalais comptent au total trente-cinq bataillons. Dès le début des opérations, en août-septembre 1914, dix bataillons africains, soit environ huit mille hommes, sont acheminés en France. Malgré les discours du futur général Charles Mangin, la mobilisation dans l’Empire est difficile et mal préparée. Très rapidement, l’arbitraire s’instaure avec le recrutement forcé alors qu’on a aussi recours à un volontariat avec primes. Ces troupes sont engagées, dès la fin septembre, en Picardie et en Artois puis, en octobre, dans l’Aisne. Mal préparés, les bataillons sénégalais « déçoivent ». En revanche, la conduite des vieux bataillons du Maroc à Ypres et Dixmude (Belgique) est héroïque. Devant un tel bilan, tous les Sénégalais sont retirés du front et provisoirement cantonnés dans le Midi de la France et au Maroc (une pratique qui se généralisera par la suite, au moment de l’hiver, sous le terme d’« hivernage »). Malgré ce premier choc et les difficultés d’adaptation, la mobilisation des troupes coloniales va s’intensifier en 1915 pour répondre à la pression des Allemands sur les fronts et soutenir les offensives de l’armée française, comme en témoigne la carte des mobilisés afro-antillais en 1914-1918.


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