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Nouvelles immigrations, nouveaux engagements

L’activisme militant des élites issues des colonies marque ce début des années 20. Aucune des grandes figures d’Extrême-Orient, comme Deng Xiaoping, Bao Dai ou Hô Chi Minh, ne manque l’étape parisienne. Elle est le moyen de faire ses premières classes politiques. C’est aussi Paris que choisit l’antiquaire renommé Ching Tsai Loo pour faire construire sa maison chinoise, rue de Courcelles et y développer ses affaires. En 1930, les migrants originaires d’Asie sont plus de cinq mille dont les deux tiers installés à Paris même. La capitale est de fait le premier centre au monde d’expression « libre » des intellectuels et militants, tout en s’affirmant comme la capitale du second empire colonial au monde.

Les élites politiques, culturelles ou littéraires africaines, réunionnaises, guyanaises et antillaises vont se donner rendez-vous dans la ville où ils retrouveront une population de travailleurs. En effet, plus de quarante mille Maghrébins s’installeront dans les quartiers de la Goutte d’Or, sur le boulevard de la Gare et autour de la place Maubert, aux côtés d’une poignée de travailleurs africains et d’étudiants guyano-antillais. L’accueil de la population semble plutôt bon, comme en témoigne Messali Hadj dans ses Mémoires : « Nous étions unanimes à nous réjouir de l’attitude de sympathie des populations à notre égard, et à faire une grande différence entre les colons d’Algérie et le peuple français dans leur comportement avec nous. »

C’est à Paris que la mouvance anticolonialiste et que les mouvements nationaux ultramarins se structurent. Pour contrôler cet activisme politique et le flux de migrants, un Service d’Affaires indigènes nord-africaines (SAINA) est mis en place en 1925, rue Lecomte dans le XVIIe arrondissement. Aux côtés des Nord-Africains, les militants afro-antillais, tout comme les « Indochinois », sont aussi placés sous surveillance.

En 1926, le ministre des Colonies estime à un peu plus de deux mille six cents les Africains et les Malgaches présents en métropole, dont huit cents en région parisienne. Mais le Paris noir visible de ces années-là est surtout celui des arts, avec la Revue Nègre et Joséphine Baker au théâtre des Champs-Élysées, et des lettres avec l’attribution du prix Goncourt à René Maran pour Batouala, Véritable roman nègre. Les nuits parisiennes s’exotisent entre les cafés orientaux, antillais et les cabarets chinois comme Le Lotus. À la fin des années 20, ce Paris « exotique » tend à devenir celui des « Sidis », des « Niakoués », des « indésirables » et des « Bamboulas » aussi bien dans la presse que dans le langage populaire, sous la pression des idées xénophobes qui ne cessent de croître.

 


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