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Immigration européenne et révolution industrielle

C’est avec la Révolution industrielle, dans la seconde moitié du XIXe siècle, que la France devient une terre d’accueil pour des Européens en quête de travail et d’une nouvelle destinée. Dès lors, l’immigration à Paris va croître de façon régulière. De nombreux migrants, issus des pays frontaliers, vont constituer une main-d’œuvre considérée comme peu qualifiée, et s’installer surtout dans le nord de Paris et en proche banlieue : Belges, Italiens, Suisses, Roumains, Allemands et Espagnols sont ainsi la première immigration économique de masse de la France contemporaine. On compte à Paris, en 1860, quatre cent seize mille ouvriers, qui travaillent dans les quartiers des Batignolles, de Grenelle, de la Villette, et en proche banlieue. Dès cette période, les immigrés s’installent à proximité des industries, et les premières images que diffusent la presse illustrée, la photographie et l’imagerie populaire associent les migrants à des populations marginales, voire « dangereuses ». Le recensement sous le Second Empire dénombre, pour la première fois, les étrangers présents sur le sol français : la communauté belge, qui compte un peu moins de cent trente mille personnes, est alors la plus importante et le demeure jusqu’au tournant du siècle. Pourtant, la mémoire de cette immigration semble oubliée, effacée par toutes les immigrations qui lui ont succédé.

Si les immigrés viennent pour travailler, ils sont aussi, comme les ouvriers français, des militants politiques et syndicaux impliqués dans la vie citoyenne de la cité. Ainsi des immigrés allemands participent aux Révolutions de 1830 et 1848, des Italiens et des Polonais s’illustrent aux côtés des ouvriers français dans les événements de la Commune de Paris, subissant parfois, comme les Français, emprisonnements et exécutions. Un immigré juif hongrois, Léo Frankel, siégera au Conseil général de la Commune. Blessé lors des barricades, il sera sauvé par Élisabeth Dmitrieff, militante féministe russe. Cet épisode de l’histoire parisienne montre la solidarité à l’oeuvre dans le mouvement ouvrier international à l’époque, commémorée par le Sacré-Cœur au sommet de la butte Montmartre. Encouragée par le plan Freycinet, une nouvelle génération de travailleurs étrangers arrive en masse dans la capitale, en provenance d’Italie ou d’Europe centrale, au moment où la IIIe République s’installe. L’année 1880 marque symboliquement la fin de cette « immigration libre » (avec un million six cent mille étrangers recensés, soit 7% de la population), au moment où la proportion d’étrangers à Paris est trois fois plus importante que dans toutes les autres grandes capitales régionales.

L’immigration devient pour la première fois une réelle question sociale, économique et politique. La première crise de l’ère industrielle entraîne progressivement méfiance et ressentiment vis-à-vis de ces « étrangers » accusés de « prendre » le travail des Français. La politique républicaine se caractérise alors par un protectionnisme accru : la loi du 26 juin 1889 sur la nationalité française établit une séparation nette entre Français et étrangers, et empêche désormais de travailler sans autorisation officielle. On instaure des dispositifs de contrôle de la population étrangère et l’expulsion des migrants non « désirés ». La « préférence nationale » s’affirme dans le discours politique. Au sujet des étrangers, le député Pradon explique en 1888 : « De ses antécédents, pas même un soupçon ; son nom même, cette étiquette sociale, premier indice d’identité, n’est point certain. Il en change suivant les besoins. Où contrôler ses dires ? S’il n’a pas de papiers, s’il en montre des faux ? Rien à faire. C’est ainsi qu’on est obligé de classer nombre d’enquêtes ouvertes contre les étrangers. » Si les droites nationaliste, bonapartiste ou monarchiste évoluent dans ce registre, certains leaders socialistes comme Jules Guesde présentent aussi les ouvriers italiens comme des « barbares » ou de nouveaux « Sarrasins », voleurs du pain des Français.

 


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