Expositions

L’empire colonial. Le temps de l’exotisme (1900-1913)

« Les Arabes de la rue du Caire, drapeaux maures et français en tête ont donné aux ministres… une audition de leur air national dont le rythme monotone invite malgré soi à la danse du ventre. »

L’Indépendant rémois , 1903

Au début du XXe siècle, les expositions coloniales et « villages noirs » sont, dans de nombreuses régions françaises, l’occasion d’exhiber l’« Autre » et de mettre en scène la « mission civilisatrice » de la France. Spécialistes des expositions ethnographiques à l’époque, Jean-Alfred Vigé et Aimé Bouvier proposent à la ville de Reims, en 1903, l’installation d’un « village noir » (avec des figurants africains) au coeur de « l’Exposition industrielle et des Beaux-Arts ». L’événement est un succès populaire : près de trois cent mille visiteurs payants, et sans doute cinquante mille visiteurs gratuits se pressent au « village noir » où sont exhibés cent vingt femmes, hommes et enfants du Sénégal. Cette exhibition coloniale vise à soutenir l’action de propagande du ministère des Colonies et à susciter auprès des métropolitains la fierté et l’orgueil compensatoires qu’offre l’Empire après la défaite de Sedan. Les mises en scène de la vie au village sont nombreuses, avec préparation des repas, mariages sénégalais, fêtes de circoncision, ateliers de bijoutiers ou de dessinateurs (comme l’atelier du dessinateur Abdoulaye Samb), écoles mais aussi cérémonies fictives ou combats de lutte sénégalaise. Encore plus étonnant, un faux « marché aux esclaves » est organisé devant près de dix mille visiteurs reproduisant la visite sanitaire, le marchandage, l’enlèvement, le jugement et la vente aux esclaves.

Ces expositions ne sont pas limitées à la seule ville de Reims, à Rilly-la-Montagne ou à Charleville — avec la tournée du Wild West Show de Buffalo Bill en 1905 —, les exhibitions ethniques se répandent dans toute la région, mettant respectivement en scène des « villages nègres », des « Dahoméens » ou des « féroces indiens d’Amérique ». Un imaginaire exotique se diffuse aussi par l’intermédiaire de la publicité et du monde scolaire (buvards, protège-cahiers, chromolithographies…) qui cantonnent le « Noir » aux rôles de cireur de chaussures, boy d’ascenseurs ou « sauvage » africain. En atteste le cliché pris à Sedan en 1902 dans le cadre d’une kermesse pour récolter des fonds destinés aux sinistrés d’une éruption volcanique en Martinique. Les déguisements à l’orientale montrent aussi que cet univers fantasmé est parfaitement intégré aux imaginaires collectifs : petit vendeur, danseuse voilée, musiciens arabes… Derrière ces mises en scène « bon enfant », une image caricaturale des « indigènes » s’impose progressivement dans l’imaginaire de ce début de XXe siècle.


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