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Champagne-Ardenne. 150 ans d’immigration européenne et des suds

« Au coeur du champ de bataille européen, la Champagne-Ardenne a été, pendant quatre ans un curieux, équivoque et sans doute improbable carrefour des civilisations… »

Frontières d’Empire. Du Nord à l’Est, 2008

Région frontalière au coeur de l’Europe, frontière de France mais aussi d’Empire, la Champagne-Ardenne est riche d’une présence migratoire reliée à trois de ses vocations historiques : le négoce, l’industrie et la guerre. Placée au centre d’un réseau défensif, la Champagne-Ardenne voit se succéder les hommes et les travailleurs étrangers employés, tantôt à la défense du territoire, tantôt à sa reconstruction.

Le point de départ est sans nul doute la guerre franco-prussienne de 1870, durant laquelle les régiments de troupes venues d’Algérie (appelés turcos et spahis pour les musulmans, aux côtés des zouaves) sont cantonnés au camp de Châlons-en-Champagne. Avec la IIIe République, s’affirme le premier mouvement migratoire notable et corrélativement la diffusion de stéréotypes liés à ces « étrangers », ces « exotiques » qui irriguent les imaginaires collectifs de la région.

En 1914, de nouveau, le recrutement massif de soldats et de travailleurs venus d’Afrique, d’Asie, de l’océan Indien ou du Pacifique, associe durablement cette région au destin de l’Empire. C’est un moment majeur, pendant lequel la présence des soldats coloniaux (y compris ceux de l’Empire britannique) et des soldats africains-américains bouleverse les schémas de représentation préexistants. Durant l’entre-deux-guerres, l’emploi des travailleurs immigrés, majoritairement européens, devient une réalité politique et économique visant à accompagner la reprise des secteurs de l’industrie et du bâtiment. La présence des soldats coloniaux, pour partie originaires du Maghreb, perdure avec un cantonnement dans les casernes régionales face à l’« ennemi allemand ». Le reflux migratoire — bien que les immigrations italienne et belge soient encore fortes —se fait progressivement, dès 1925-1926 et surtout à partir de 1931-1932, suite aux effets conjugués de la crise mondiale et d’une xénophobie qui emporte tout l’Hexagone.

Toutefois, le véritable essor des migrations de travail en provenance des Suds s’est engagé après 1945 pour répondre aux besoins de main-d’oeuvre des Trente Glorieuses — avec le développement des migrations espagnole, algérienne puis portugaise —, alors que s’installent des étudiants coloniaux puis, au début des années 1960, des rapatriés d’Afrique du Nord en lien avec la perte de l’empire colonial par la France. Ces travailleurs isolés sont bientôt rejoints par leur famille à la suite de la suspension, en 1974, de l’immigration de travail et de la mise en place du regroupement familial dès 1976. Dans un contexte national de crises et de mutations, se posent progressivement les questions de l’intégration, des politiques urbaines et du vivre-ensemble marquant les années 1990-2000. En 2006, date du dernier recensement, la Champagne-Ardenne comptait soixante-dix mille immigrés, soit 5,3 % de la population régionale, une composante désormais partie prenante des identités locales.

C’est cette histoire, souvent méconnue, que la présente exposition Champagne-Ardenne, 150 ans d’immigration européenne et des Suds (1870-2020) propose de relater grâce à un panorama retraçant cent cinquante ans de récits, de regards et d’imaginaires.


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