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Histoire d’une frontière. Terre de passage et terre d’accueil (1870-1899)

« Jamais plus belle troupe n’a été réunie. La plupart des officiers, une grande partie des sous-officiers, de nombreux zouaves de chaque compagnie portaient la croix de la Légion d’honneur ou la médaille militaire. »

Général Gustave Léon Niox, La guerre de 1870. Armes et armures anciennes et souvenirs les plus précieux , 1897

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les migrations en Champagne-Ardenne, d’abord saisonnières puis définitives, concernent essentiellement l’agriculture ou l’exploitation forestière. Des domestiques ou employés à la chauffe des trains venant de Belgique, du Luxembourg ou d’Allemagne constituent peu à peu des communautés de migrants à Charleville, Sedan, Reims, Épernay ou Châlons associés à des réfugiés polonais et espagnols. En outre, des négociants ou artisans attirés par la prospérité de quelques secteurs privilégiés s’installent. À l’initiative de Napoléon III et dans le prolongement d’une politique de prestige, la Champagne-Ardenne accueille les troupes des colonies avec la création du camp de Châlons et son quartier des zouaves. Chaque année, lors de la fête de l’Empereur, la présence des zouaves et tirailleurs algériens fascine les populations locales. Les Français s’y pressent, y compris depuis Paris, pour admirer, selon les termes de Charles Bousquet « leur figure bronzée, leur grande barbe, leur costume pittoresque » (1858).

Lorsque la guerre avec la Prusse commence en 1870, Châlons est à l’avant-poste du conflit. Deux régiments de chasseurs d’Afrique, six régiments de zouaves et de tirailleurs sénégalais sont envoyés sur les fronts de l’Est en Alsace. Dès les premiers affrontements, les turcos subissent de lourdes pertes, tandis que les zouaves remobilisés sont engagés sur le territoire de Champagne lors des batailles de Bazeilles et Sedan, qui marquent la capitulation des armées françaises.

Après la défaite de 1871 et la perte de l’Alsace-Moselle, dans un contexte de révolution industrielle et de ralentissement démographique, les lois de naturalisation de 1889 sont assouplies et ouvrent les droits de la citoyenneté aux populations immigrées en France afin d’augmenter le nombre de Français et donc de soldats mobilisables. Les bassins d’emplois de Reims et Troyes (textile), Sedan (bonneterie), des vallées d’Ardenne (agriculture) ou de Haute- Marne (métallurgie) sont au coeur de ces nouveaux flux migratoires. Malgré les ressentiments issus du conflit, près de deux mille ouvriers et journaliers allemands résident dans le département en 1899, travaillant comme cochers, palefreniers ou dans l’agriculture, tandis que des grandes familles d’immigrés allemands, ambassadeurs du champagne, enracinent désormais leur nom et leur entreprise dans la Marne. Dans un contexte d’expansion, et dès 1885, des comités coloniaux régionaux sont formés à Reims ou à Châlons afin de soutenir l’entreprise coloniale de la France. À l’aube du XXe siècle, la Champagne-Ardenne s’affirme donc par une double dynamique : être une région d’intenses échanges migratoires et un relai actif de l’entreprise coloniale.


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