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Le temps des installations

Bretagne, terre d’émigration plus que d’immigration : ce lieu commun, comme le souligne la sociologue Angélina Étiemble, a produit « comme une forme de cécité à l’égard des immigrés bretons, leur faible nombre leur donnant en quelque sorte peu d’intérêt aux yeux des chercheurs ou des acteurs institutionnels et politiques, à l’intérieur comme à l’extérieur de la région, selon une conception guère scientifique mais cependant tenace qui établit une corrélation entre le nombre d’immigrés présents (un seuil implicite) et le problème immigré ». Pourtant, la fin des Trente Glorieuses fixe une nouvelle génération de migrants qui, en marge des grands axes Lille-Paris-Lyon-Marseille, s’installe dans le Grand-Ouest. Cette période se caractérise, non pas par l’arrêt des migrations d’outre-mer mais par son amplification et sa diversification. L’arrivée des harkis et des pieds-noirs en 1962, le regroupement familial dès la fin des années 60 (et surtout après 1974) et la multiplication des vagues migratoires issues d’Afrique subsaharienne, de Turquie ou du Maghreb font apparaître un nouveau visage de l’immigration. La Bretagne connaît un flux migratoire en provenance de l’Algérie et du Maroc, mais aussi de Turquie. Dans un second temps, l’immigration d’Afrique du Nord fera place à une immigration venue d’Afrique subsaharienne (mais aussi du Sud-Est de l’Asie d’où nombre de « réfugiés » s’installent sur tout le territoire dans des foyers spécifiques). À Collinée (Côtes-d’Armor), des Maliens, recrutés à Rungis, viennent travailler dans l’entreprise locale d’abattage.

Au début des années 80, on retrouve des Sénégalais à Rennes, des Ivoiriens et des Antillais à Saint-Malo, des Malgaches à l’extrême ouest de la Bretagne, des Maliens à Lorient. En outre, les années 70 voient la Bretagne devenir le théâtre de nombreux mouvements revendicatifs. Les immigrés et naturalisés s’organisent pour la défense de leurs droits, notamment au sein du monde ouvrier, ce qui va contribuer au changement de leur image dans la société française.Au-delà du monde du travail, des mouvements se mettent en place pour les conditions de logement. La construction de foyers pour travailleurs immigrés permettra en partie d’éradiquer les bidonvilles. En outre, les HLM construits en périphérie des villes accueillent et logent les familles nouvellement arrivées sur le territoire français. Dès lors, le problème de la scolarisation d’enfants non-francophones se pose, comme celui de l’intégration des familles, dans une région (et pour les municipalités) qui n’a pas l’habitude de « gérer » des flux migratoires conséquents dans les espaces urbains.

 


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