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Elus et diversité dans le Grand-ouest

« L’on n’a pas besoin, pour être un bon maire, d’avoir de grandes lumières d’ancêtres illustres ou beaucoup de fortune... »

Raphaël Élizé, 1929

Kofi Yamgnagne est élu maire de Saint-Coulitz (Finistère) en 1989, ce qui lui vaut le surnom de « celte noir » et fait que la France entière tourne son regard vers la Bretagne, « terre d’intégration ». Il est également élu « Breton de l’année » en 1990 par le journal Armor Magazine et recevra la charge de l’intégration au sein du gouvernement socialiste. Né au Togo, il est arrivé en Bretagne dans les années 60 pour faire des études d’ingénieur, et prend la nationalité française en 1975. Il entre en 1983 au conseil municipal, avant d’être élu maire six ans plus tard. Son élection se réalise soixante ans après l’élection du premier « maire noir » en France métropolitaine, Raphaël Élizé, arrière-petit-fils d’esclave au destin hors du commun. Originaire de la Martinique, il s’installe à Sablé-sur-Sarthe (Pays de la Loire) après la guerre et il en devient maire socialiste en 1929. Réélu en 1936, il impose une politique sociale ambitieuse.

En 1939, il part combattre comme capitaine vétérinaire, il est de retour en 1940 et sera démis de ses fonctions par les nazis en raison de ses origines. Il est alors dénoncé pour ses activités de résistance en 1943, arrêté et déporté à Buchenwald où il décède en 1945. L’un des derniers élus, Auguste Senghor, neveu de l’ancien président sénégalais, vient d’être élu maire en 2008 de Saint-Briac (Ille-et-Vilaine). Déjà, douze ans avant l’élection de Kofi Yamgnagne, il avait été élu maire de la commune du May-sur-Èvre (Maine-et-Loire) en 1977. Une autre figure est emblématique en Bretagne, celle de Karim Boudjema. Né en Algérie, élu « Breton de l’année » en 1999, chirurgien de renom au CHU de Pontchaillou, il s’est présenté comme tête de liste UMP aux municipales à Rennes en 2008.

Trois générations, trois symboles d’un Grand-Ouest ouvert à la diversité. Pour autant, la Bretagne n’a pas encore fait émerger une nouvelle génération issue des immigrations dans le tissu local des élus, à l’exception de ces représentants hors norme. Si en France, la part des élus issus d’une immigration extra-européenne a doublé entre 2001 et 2008 (de 3,18 % à 6,68% dans les communes de plus de neuf mille habitants), venant essentiellement du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, mais aussi d’Asie, passant de mille soixante-neuf élus à deux mille trois cent quarante-trois élus, avec seulement quatre maires (hors maires d’arrondissement), on ne peut que constater des différences régionales fortes.

Ainsi, en Bretagne, il n’y a que 1,84 % des élus issus de l’immigration extra-européenne contre 10,84 % en Île-de-France. Les mutations semblent en marche, elles sont même inéluctables, comme le rappelle Michel Le Bris dans la préface de Grand-Ouest, Mémoire des outre-mers, « L’histoire va plus vite que nos réflexions, ne nous laisse jamais le temps : comment ne pas voir que nous sommes à la naissance d’un nouveau monde, précipités dans le plus fantastique télescopage de cultures, peut-être, de l’histoire humaine ? ».

 


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