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Le temps des immigrations (1918-1929)

Au lendemain de la Grande Guerre, dans un contexte de crise démographique aggravée par les conséquences directes et indirectes du conflit, la Bourgogne-Franche-Comté connaît une nette progression de l’immigration. Les Italiens dépassent désormais les Suisses, alors que des flux en provenance d’Europe centrale s’affirment. Des conventions d’immigration sont en effet signées par la France avec les pays de départ comme la Pologne ou la Tchécoslovaquie et on assiste à l’ouverture sur place de bureaux de recrutement, alors que dans la Ruhr se produit parallèlement un intense débauchage de main-d’oeuvre polonaise à destination des mines. En 1924, la Société générale d’immigration voit le jour afin de rationaliser les initiatives prises antérieurement et accélérer les arrivées. Quelques milliers de travailleurs coloniaux et chinois, demeurés dans la région après l’Armistice, travaillent alors à Peugeot-Sochaux, à la Société métallurgique de Montbard-Aulnoye ou pour le compte des établissements Schneider & Cie, soit au Creusot, soit à la mine de La Machine dans la Nièvre. Au Creusot se trouvent, en plus des travailleurs sous contrat recrutés en cours de conflit, des étudiants-ouvriers chinois arrivés après-guerre, dont le jeune Deng Xiaoping. L’immigration des Suds se manifeste également par la présence de marchands ambulants chinois et autres « vendeurs à la balle » algériens, qui sillonnent la région. Face à ces nouvelles immigrations, il n’est pas rare de voir éclater des rixes entre ouvriers locaux et allogènes.

Ces hommes demeurent très majoritairement célibataires et logent dans des cantonnements, le plus souvent de simples baraquements préfabriqués en bois, vastes dortoirs, parfois entourés d’un mur d’enceinte. Cette mise à l’écart, selon une logique coloniale, traduit la crainte des pouvoirs publics concernant les rencontres entre indigènes et métropolitaines et, en particulier, la volonté d’éviter les mariages mixtes avec de jeunes femmes françaises. Plus on avance dans la décennie et plus on assiste à un reflux, notamment après 1925-1928. Les coloniaux deviennent des « indésirables » – comme s’attache à le démontrer le géographe Georges Mauco – et les étrangers européens des « métèques ». Les départs de travailleurs étrangers ou coloniaux sont désormais plus nombreux que les entrées sur le territoire. La Bourgogne comme la Franche-Comté sont alors des territoires d’entre-deux en matière d’immigration. Leurs départements réciproques ne sont ni dans les dix départements les plus attractifs de France, ni dans les dix départements qui en comptent le moins. C’est dans ce contexte que s’annoncent le krach de 1929 et la crise mondiale, et que le nombre d’étrangers décroît rapidement dans les années suivantes.


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