Expositions

Le temps des mémoires croisées

« La voix la plus courte pour aller vers l’avenir est celle qui passe toujours par l’approfondissement du passé. »

Aimé Césaire, 1955

Depuis deux décennies, on assiste à une multiplication de publications et de célébrations sur le thème de ce passé commun entre la France, l’Afrique et les outre-mer. Des musées portant sur la connaissance des cultures et de l’histoire des migrations comme le musée du quai Branly ou la Cité nationale de l’histoire de l’immigration suscitent de nombreux débats sur leur localisation ou leur contenu, tout en offrant une nouvelle visibilité à ces questions de mémoire. Les manifestations se multiplient, comme la Journée du souvenir de l’esclavage et de son abolition, la commémoration du 75e anniversaire de l’Exposition coloniale dans le bois de Vincennes, l’exposition Kréyol Factory à la Villette, la sortie du film La Vénus Noire ou la célébration de l’année des outre-mer en 2011. Une véritable dynamique culturelle se développe autour des questions de la « diversité » et de la rencontre des cultures des Suds dans toute la France, comme en témoignent les nombreux festivals et événements organisés chaque année : les Rendez-vous de l’Histoire de Blois, le collectif des Anneaux de la Mémoire à Nantes ou encore le festival des Étonnants Voyageurs de Saint-Malo.

Un maillage culturel et mémoriel se met en place pour inscrire durablement la connaissance du passé dans le présent. Les commémorations et colloques encouragent les populations à ne pas taire le rôle des immigrés dans l’Histoire et permettent d’associer le travail des mémoires au travail d’histoire, même si ces thématiques ont du mal à toucher un large public. Toutefois, les débats sur « l’identité nationale » reflètent l’anxiété d’une nation face à son histoire et aux mémoires qui la construisent dont la création en 2007 du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire est symptomatique. Malgré les multiples événements pour la connaissance de l’histoire des Suds en France, les hommes et les femmes qui en sont issus restent relativement méconnus des autres Français et restent finalement des « étrangers de l’intérieur ». Les médias sont encore trop minoritaires ou communautarisés et surtout les grands festivals ou les scènes nationales attendent souvent d’avoir un thème spécifique pour programmer les créations d’artistes noirs. Néanmoins, le domaine audiovisuel, ainsi que la littérature et la musique, imposent un nouveau regard sur ces présences, dont le film Case Départ est une des expressions les plus récentes.

 


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