Expositions

Le temps des esclaves et des affranchis (1685-1785)

« Octroyons aux affranchis les mêmes droits, privilèges et immunités dont jouissent les personnes nées libres… »

Article 59, Code noir, 1685

Dès la fin du XVIIe siècle, on trouve en France une présence significative de Noirs, notamment à la cour, où le jeune indigène Anniaba, par exemple, est officier mousquetaire aux ordres de Louis XIV. Ce sont majoritairement des affranchis, mais aussi des esclaves, malgré l’édit de 1315 interdisant l’esclavage sur le sol français. Leur accroissement démographique fait naître progressivement une législation spécifique. Les pouvoirs publics manifestent de plus en plus une volonté ferme de contrôler, surveiller et compter ces premiers Noirs de France. Dès 1685, le Code noir fixe législativement le statut des esclaves dans les îles et les droits des affranchis : les « hommes de couleur » sont alors au plus bas de l’échelle. En parallèle, en métropole, des lois et des édits structurent et encadrent progressivement la vie des Noirs. En peinture, leur présence devient également visible mais le corps noir ne sert en réalité qu’à mettre en valeur la « beauté blanche » des maîtres. Posséder un esclave est ainsi un signe ostentatoire de réussite financière et sociale, mais aussi une preuve de « bon goût », à l’image du célèbre Zamor (focus 1). Dès la fin du XVIIe siècle, on trouve en France une présence significative de Noirs, notamment à la cour, où le jeune indigène Anniaba, par exemple, est officier mousquetaire aux ordres de Louis XIV.

Le XVIIIe siècle marque le premier apogée d’une « présence noire » en France (ils sont quatre à cinq milles en 1738), conséquence directe du négoce et de la traite. Une peur croissante du métissage s’installe alors et se traduit par une politique ségrégationniste de plus en plus stricte, allant jusqu’à essayer d’interdire la venue des Noirs en métropole à l’issue du recensement (focus 2), en 1777 : leur place est, dans les colonies, confinée au statut d’esclave, comme le recommande le lobby des colons. C’est dans ce contexte que les idéaux des philosophes des Lumières, affirmant que le droit naturel fonde l’égalité entre les hommes, donnent ses premières armes au mouvement anti-esclavagiste. Enfin, on estime, qu’à la veille de la Révolution française, vingt à vingt-cinq milles Noirs, libres ou esclaves, auraient vécu sur le sol de France depuis l’instauration du Code noir : une présence ancienne en métropole qui reste minorée, ou tout simplement inconnue, dans l’historiographie française.

 

Louis-Benoît Zamor (1773-1820)

Né au Bengale, Zamor est vendu à des esclavagistes à l’âge de 11 ans. En 1769, il est offert à la comtesse du Barry, favorite de Louis XV, et devient son domestique préféré à tel point qu’elle le fait nommer gouverneur du palais de Louveciennes par le roi. Mais conquis par les idées révolutionnaires, Zamor se retourne contre sa maîtresse et contribue à son exécution. Il fut immortalisé par le peintre Jacques-Antoine-Marie Lemoine et Gabriel de Saint-Aubin à une époque où les portraits des « Noirs » restent une exception.

Les « Noirs de France » de 1777

La population noire recensée en 1777 est largement masculine et jeune. Les deux tiers ont moins de 30 ans, la plupart sont domestiques (68 %), artisans ou marins. Majoritairement, ces Noirs sont originaires des Antilles (53 %) ou d’Afrique (31%) et 8 % sont nés en France. Pour ceux dont le statut juridique est connu, on compte une majorité d’affranchis ou d’hommes libres. La population la plus importante vit à Paris ainsi que dans les ports de la côte atlantique.

 


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