Expositions

Expéditions coloniales et « royaume arabe »

« L’Algérie sera une seconde France, jeune, fertile, peuplée par le trop-plein de la Mère Patrie. »

Guide officiel de l’Exposition universelle, 1855

L’« expédition d’Égypte » provoque l’une des premières immigrations de l’aire géographique arabo-orientale vers la France. Beaucoup des rapatriés « supplétifs égyptiens » sont ainsi intégrés dans le « bataillon des chasseurs d’Orient » ou parmi les Mamelouks de la Garde impériale (intégrés en 1804 dans l’armée française), d’autres s’installeront sur Marseille ou à Melun. À la chute de Napoléon, une partie de la population marseillaise se soulève et massacre plusieurs dizaines d’anciens « Mamelouks » de la Garde impériale, le 25 juin 1815, symbole à leurs yeux de ces années troublées. À la suite de la campagne en Orient, est publiée en 1806 La Description de l’Égypte, qui constitue le point de départ d’une nouvelle passion française, l’égyptomania, touchant les arts et l’architecture. En 1830, la conquête de l’Algérie commence et redynamise cet intérêt politique et artistique pour l’Orient. En février 1834, un accord est signé avec le principal adversaire à cette conquête, l’émir Abd el-Kader (focus 3), puis une direction spéciale est créée en France pour « gérer l’Algérie » en 1837 conduisant à une « guerre totale » dirigée par Thomas Robert Bugeaud. La France est désormais présente en terre d’islam et malgré la « pacification » et l’intervention au Liban en 1860 dans le conflit entre les Druzes et les Maronites, les révoltes se succèdent, faisant des « rêves » de Napoléon III d’un royaume arabe, allant de Bagdad à l’Atlantique, un horizon impossible. L’image de l’« Arabo-Oriental » se fixe dans les imaginaires. La « Mauresque aux seins nus » et le regard des orientalistes s’imposent dans les cultures populaires.

Deux images se font face sous le second Empire : celle de l’Arabo-Oriental inventé par le romantisme et celle du musulman irréductible prisonnier de sa prétendue race et de sa religion. Dans le même mouvement, Paris devient la capitale occidentale la plus visitée par les élites culturelles et politiques du monde arabo-oriental. Ambassades, étudiants, écrivains, journalistes, opposants, artistes et artisans font de Paris une étape incontournable de leur parcours initiatique, à l’image de l’Égyptien cheikh Rifâ’a al-Tahtâwî (focus 2) avec ses étudiants en 1826. Le Tout-Paris se retrouve Au Grand Colbert, café rénové en 1827 dans l’esprit de l’Alhambra de Grenade, à l’ombre de la façade de la Bibliothèque royale, rue Richelieu, bâtie en 1837. Des carrés musulmans et des mosquées voient alors le jour, comme au cimetière du Père-Lachaise en 1856, à Marseille en 1863, sur l’île Sainte-Marguerite face à Cannes, dans le parc du château d’Amboise aussi, formant une cartographie nationale de ces lieux de mémoire. À l’heure de la seconde Exposition universelle de Paris, en 1867 (focus 1), l’Orient est désormais dans la ville. Deux ans plus tard, l’ouverture du canal de Suez marque durablement les esprits, faisant de Marseille et Port-Vendres des « portes ouvertes » sur l’Orient, avant que cette dynamique ne soit brisée par la guerre franco-prussienne de 1870.

Exposition universelle de Paris (1867)

Onze millions de visiteurs viennent découvrir l’Exposition (douze ans après la précédente à Paris en 1855), admirer les danseuses du ventre, acheter des babouches algériennes ou des châles indiens, humer des mets pour eux tout aussi étranges que les « figurants » qui les préparent. Ces derniers ne participent qu’au second plan à la mise en scène coloniale, à la différence de l’Exposition de 1878 où les figurants s’imposeront comme l’attraction centrale.

Rifâ’a al-Tahtâwî

La plus emblématique des missions estudiantines reste celle de 1826, en provenance d’Égypte, du cheikh Rifâ’a al-Tahtâwî conduisant, à l’âge de 25 ans, une quarantaine d’étudiants « égyptiens » (venant de tout l’Empire ottoman) en France. Leur séjour à Paris, après un bref passage à Marseille, suscite la publication de leur périple dans un livre intitulé L’Or de Paris. Cette mission va initier une tradition qui se poursuivra jusqu’en 1870 touchant des centaines d’étudiants, futures élites du monde ottoman et égyptien.

Abd El-Kader et le “Royaume Arabe” (1853)

Le plus célèbre des exilés algériens est l’émir Abd el-Kader, que la IIe République gardera prisonnier à Pau et à Amboise avec une centaine de membres de sa famille et de sa suite, avant qu’il ne soit libéré en 1852 par Napoléon III. Il décide alors de s’exiler à Damas plutôt que de rester en France. Malgré les demandes impériales, il refuse de prêter son concours aux rêves de Napoléon III d’édifier un « royaume arabe ». Il revient en France en 1867 à l’invitation de Louis-Napoléon Bonaparte, pour son troisième et dernier voyage à Paris.


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