Expositions

Conquêtes. Exotisme & regard colonial (1875-1925)

« Il est absolument indispensable qu’une propagande méthodique, sérieuse, constante [...] puisse agir dans notre pays sur l'adulte et sur l'enfant. »

Albert Sarraut, Discours au Sénat (27 février 1920)

Le désir d’évasion se manifeste tout au long du XIXe siècle et accompagne les conquêtes coloniales. Dans cette perspective, l’Occident crée « ses » ailleurs exotiques, dans lesquels se confondent Maghreb et Levant dans un orientalisme fantasmé, aux côtés d’une Afrique mystérieuse, d’une Océanie paradisiaque et d’une Asie inquiétante. Après la phase des conquêtes coloniales qui a commencé en Algérie en 1830, se développant avec le Second Empire, s’accentuant sous la IIIe République de 1875 à 1895 et s’achevant au Maroc en 1912 puis avec la récupération des mandats allemands et ottomans à l’issue de la Première Guerre mondiale, la superficie maximale de l’Europe se fixe. Un grand basculement s’opère aussi avec la Première Guerre mondiale car, avec l’engagement des troupes coloniales dans le conflit, la représentation des « indigènes » est un peu moins caricaturale, caractérisée par un regard plus paternaliste que raciste même si celui-ci ne disparaît pas. Pour autant les « indigènes » restent une source de projections fantasmées et de stéréotypes justifiant la présence des colonisateurs. Au cours de l’entre-deux-guerres, le cinéma devient un vecteur essentiel de l’imaginaire colonial, à la suite de la photographie, de la presse populaire (Journal des voyages, Le Tour du monde, Le Petit Journal, le Petit Parisien…), de la publicité ou des romans d’aventure écrits par des auteurs populaires tels Pierre Mille, Henry Bordeaux, Louis Bertrand ou les frères Tharaud. La culture coloniale traverse alors toute la société française.

Entre 1875 et 1925, ce sont des centaines de milliers de cartes postales « scènes et types » qui sont réalisées, représentant les indigènes photographiés sous l’angle de leur altérité, et qui concourent ainsi à la vulgarisation des stéréotypes auprès d’un large public métropolitain. De fait, l’exotisme est toujours partie prenante du regard colonial : déserts, Touaregs et Mauresques pour le Maghreb ; contrées sauvages et populations à « civiliser » pour l’Afrique noire ; fumeries d’opium, culture du riz, congaïs et mandarins pour l’Indochine ; vahinés et cannibales pour l’Océanie. Mais, à partir de 1920, le discours colonial devient une affaire de propagande d’État ainsi qu’en témoigne la réorganisation de l’ancien Office colonial en charge de cette propagande depuis 1899 par la création de l’Agence générale des colonies. Cette agence du ministère des Colonies fédère l’action des agences territoriales, créées entre 1918 et 1923, homogénéisant le message colonial officiel de la République, porté par des ministres et les députés du Parti colonial, sous l’égide d’hommes politiques comme Albert Sarraut, qui revendiquent désormais l’action propagandiste et mettent en scène l’empire lors d’expositions coloniales, comme à Marseille en 1922, à Bordeaux en 1923 ou à Strasbourg en 1924.


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