Expositions

Exotisme & Regard colonial (1875-1935)

« Il est absolument indispensable qu’une propagande méthodique, sérieuse, constante par la parole et par l’image […] puisse agir dans notre pays sur l’adulte et l’enfant.»

Albert Sarraut, ministre des Colonies (1920)

Le désir d’évasion se manifeste tout au long du XIXe siècle et l’Occident crée « son » Orient, dans lequel se confondent Maghreb et Levant, aux côtés d’une Afrique mystérieuse, d’une Océanie paradisiaque et d’une Asie inquiétante. Écrivains, musiciens, peintres et sculpteurs diffusent une image rêvée et idéalisée, constituant ainsi un courant nommé orientalisme qui s’affirme dans le dernier tiers du XIXe siècle. C’est aussi une façon d’« apprivoiser » l’exotisme et la France encourage les artistes à séjourner dans les colonies grâce à des bourses de voyage (via la Société coloniale des artistes français) et des résidences (la Villa Abd-el-Tif en Algérie). Après la phase des conquêtes coloniales, l’aventure en Afrique se concrétise entre les deux guerres par des expéditions spectaculaires, notamment celles mises sur pied par André Citroën : la traversée du Sahara en 1922-1923, la Croisière noire d’Oran à Madagascar en 1925, et la Croisière jaune de Beyrouth à Pékin en 1931-1932. En métropole, le cinéma se fait le relais de ces expéditions, à la suite de la photographie (le studio Lehnert et Landrock), de la presse populaire (Le Journal des voyages, Le Tour du monde…) ou des romans d’aventure (Pierre Mille, Henry Bordeaux, Louis Bertrand, les frères Tharaud…).

Avec le temps, l’imagerie coloniale tend à montrer les populations colonisées, hommes et femmes, de façon un peu moins caricaturale, mais l’« indigène » reste source de projections fantasmées et de stéréotypes. Déserts, Touaregs et Mauresques pour le Maghreb ; contrées sauvages et populations à « civiliser » pour l’Afrique noire ; fumeries d’opium, culture du riz, congaïs (concubine « indigène » d’un colon) et mandarins pour l’Indochine, vahinés et cannibales pour l’Océanie. Entre 1875 et 1935, ce sont d’ailleurs des centaines de milliers de cartes postales « scènes et types » qui sont réalisées, représentant les indigènes photographiés sous l’angle de leur altérité, et qui concourent ainsi à la vulgarisation d’images et à la diffusion des stéréotypes auprès d’un large public métropolitain. Dans le même mouvement, le discours colonial est désormais une affaire de propagande d’État, ainsi qu’en témoigne la création de l’Agence générale des colonies au lendemain de la Grande Guerre. Elle regroupe l’action des agences territoriales créées un quart de siècle plus tôt et fédère le message officiel de la République coloniale porté par des ministres qui revendiquent désormais l’action propagandiste.


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