Olympisme, histoire et citoyenneté

Le Groupe de recherche Achac, à l’initiative de la CASDEN, a débuté un vaste programme consacré à l’histoire de l’olympisme, dans la perspective des Jeux olympiques à Paris en 2024. Il a pour objectif de rendre hommage aux champions et championnes olympiques qui ont changé et influencé l’esprit de leur temps, les normes, les règles des jeux y compris celles du CIO (Comité International Olympique). Ce projet s’étalant sur quatre ans comporte plusieurs volets – scientifique, pédagogique, culturel – que les historiens Yvan Gastaut et Nicolas Bancel dévoilent dans cette tribune présentant le programme.

Nicolas Bancel est historien, professeur à l'Université de Lausanne et co-directeur du Groupe de recherche Achac. Ses travaux de recherche se concentrent sur l’histoire coloniale et postcoloniale française, l’histoire du sport et des mouvements de jeunesse. Il a co-écrit, avec Évelyne Combeau-Mari, Histoire du sport et perspectives coloniales (Movement & Sport Sciences, 2014). Il a récemment publié Le postcolonialisme (Presses Universitaires de France, 2019) et co-écrit Décolonisations françaises. La chute d’un empire (La Martinière, 2020) avec Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire. Yvan Gastaut est historien, maître de conférences à l’Université de Nice Sophia Antipolis, chercheur à l'Unité de recherche Migrations et société (URMIS), spécialiste de l'histoire de l'immigration et de l’histoire du sport. Il a codirigé avec Pascal Blanchard et Hadrien Dubucs le catalogue Atlas des immigrations en France (Autrement, 2016). Il a également co-écrit avec Claude Boli et Fabrice Grognet Allez la France : Football et immigration (Gallimard, 2010).

 

 

 

Ce large programme initié par la CASDEN en partenariat avec le Groupe de recherche Achac est constitué par un conseil scientifique et d’orientation, rassemblant les meilleurs spécialistes francophones d’histoire du sport et d’histoire culturelle, mais aussi des anthropologues et des sociologues du sport et du corps. Le Conseil regroupe également des personnalités qualifiées : journalistes, personnalités institutionnelles, grands sportifs et des représentants de l’organisation des Jeux de Paris 2024.

 

Le programme scientifique s’articule autour de quatre colloques. Le premier s’est déjà tenu au sein de l’Université de Nice en mars dernier. Il portait sur l’implémentation des pratiques sportives dans les territoires et leurs impacts auprès des diversités. Un deuxième colloque sur Olympisme et mutation de la société (1896-2020) est programmé le 3 novembre 2020 à Paris. Puis, en 2021, se tiendra un troisième colloque à l’Université de Lausanne (intitulé provisoirement Valeurs, olympisme et politique : Les JO dans les tourmentes (géo)politiques). Le dernier colloque sera consacré à Histoire et Jeux Olympiques : Les enjeux du gigantisme et l’avenir des JO et sera organisé à l’Université de Nice, au premier semestre 2023. Dans cette dynamique, deux ouvrages scientifiques issus de ces colloques sont prévus ; auxquels s’ajouteront un ouvrage de portraits, et le catalogue d’une grande exposition prévue dans deux institutions nationales en 2024.

 

Sur le plan pédagogique, depuis plusieurs mois, un groupe de chercheurs travaille à l’élaboration d’une exposition de 30 panneaux — soit un panneau par Jeux Olympiques depuis 1896 — qui s’articule autour de la trajectoire d’un athlète, permettant d’incarner l’histoire si particulière de chaque olympiade et de comprendre son contexte historique. Nombre de ces athlètes proviennent d’histoires migratoires ou des régions ultramarines avec des trajectoires qui éclairent les enjeux transnationaux des Jeux Olympiques (comme l’Haïtien Constantin Henriquez en 1900, l’Algérien Boughera El Ouafi en 1928, l’Africain-Américain Jesse Owens en 1936, ou, plus tard l’ultramarin Teddy Riner). Notre idée est, à travers chaque histoire incarnée, de permettre d’aborder sur le mode pédagogique les grandes questions posées par les Jeux Olympiques : résonances du contexte géopolitique (avec, par exemple, la montée des fascismes avec les JO de Berlin en 1936 ou la Guerre froide avec les boycotts successifs), enjeux économiques et financiers, impacts médiatiques.

Ces athlètes symboliseront également une valeur, un engagement (tels Tommie Smith et John Carlos revendiquant, aux JO de 1968, l’égalité pour les Africains-Américains) et volonté de « changer » les mentalités ou les situations politiques (lutte contre l’Apartheid ou la ségrégation). Dans cette perspective, plusieurs dossiers pédagogiques sont en préparation sous la férule de Sandrine Lemaire, destinés aux différents niveaux des classes de collèges et de lycées. Nous programmons avec cette exposition « pédagogique » 4000 sites en quatre ans, sur tout le territoire (hexagone, outre-mer, lycées français à l’étranger), avec le soutien principalement de la CASDEN, de Paris 2024 et des partenaires institutionnels.

 

Une série de 30 films-courts (pour le web et la TV à l’identique de la série Champions de France) est également en préparation, reprenant la biographie des athlètes choisis pour les 30 olympiades, avec à chaque fois une voix portée par une grande personnalité. Ces films, hors leur diffusion par des chaînes du service public, seront utilisés comme supports dynamiques et pédagogiques à la fois pour l’exposition pédagogique et les deux expositions majeures que nous projetons d’organiser en 2024 (à Nice et Paris). Celles-ci représentent le point d’orgue du programme, avec de nombreuses manifestations à l’appui – conférences de spécialistes d’histoire du sport, invitation d’athlètes et de personnalités de la société civile, soirées films avec débats, etc. – qui leur donneront un caractère à la fois scientifique et festif. Nous avons conçu cinq grandes parties chronologiques : 1896-1912 (avec un focus sur Paris 1900) ; 1920-1936 (avec un focus sur Paris 1924) ; 1948-1976 (avec un focus sur Mexico 1968) ; 1980-2000 (avec un focus sur Barcelone 1992) ; 2000-2024 (avec un focus sur 2021 et Tokyo via la crise mondiale), soit de 5 à 7 Olympiades par partie. Comme pour l’exposition pédagogique, le parcours de l’athlète, au cœur de chaque olympiade, permet de faire ressortir le fragile équilibre de ce qu’il incarne, entre la défense d’une nation qui est l’essence même de l’Olympisme et les identités plurielles qu’il véhicule le plus souvent, ouvrant sur la grande Histoire. Pendant toute la durée du programme un site web sera proposé permettant à tous un accès direct à des sources bibliographiques, aux expositions, à des vidéos d’archives…

 

L’équipe scientifique et le conseil d’orientation qui accompagnent ce programme sont composés de : Lilian Thuram, Renaud Dély, Niko Besnier, Pascal Blanchard, Pascal Ory, Patrick Clastres, Paul Dietschy, Philippe Tétart, Stanislas Frenkiel, Stéphane Mourlane, Sylvère-Henry Cissé, Yvan Gastaut, Vincent Duluc, Pierre-Olaf Schut, Christian Vivier, Stéphane Fiévet, Arnaud Richard, Anaïs Bohuon, Anne Marcellini, Aya Cissoko, Béatrice Barbusse, Didier Rey, Dominic Thomas, Fabrice Delsahut, Florence Carpentier, Gilles Boëtsch, Haïfa Tlili, Jean-Marc « Jimmy » Adjovi-Boco, Nicolas Bancel, Michaël Attali, Julie Gaucher et Sandrine Lemaire.

 

Dans le cadre du programme Olympisme, histoire et citoyenneté, le colloque du mardi 3 novembre 2020 sous le titre « Mutations de l’olympisme (1896-2020) : histoire, enjeux et héritages » s’organise en plusieurs sessions :  

 

10h00 / Conférence d’ouverture 

10h30 / Session 1 : L’histoire « interne » de l’olympisme

a.      La composition et l’évolution du CIO en termes politiques et sociaux

les présidents et les membres du CIO de Coubertin à Brundage

les présidents et les membres du CIO de Killanin à Bach

une politique « apolitique » du CIO après 1945 ?

b.      Les modes de contrôle interne, avant et après 1945

le CIO et la lutte anti-dopage

le CIO et la lex sportiva (TAS)

le tournant du professionnalisme

c.       L’évolution de la structure face aux contraintes externes depuis 1980

les défis de l’olympisme entre héritage et innovation

mondialisation économique et évolution de la gouvernance du CIO

les Jeux Olympiques face aux enjeux de la durabilité

Débat et échange avec le public et les 9 intervenants

Témoignage « grands témoins » et mise en perspective de la session 

 

14h30 Session 2 : La transformation des Jeux Olympiques

d.      Les Jeux Olympiques dans le cadre des grandes expositions universelles

les Jeux parisiens de 1900 et la place du sport

les Jeux de Saint-Louis 1904 et l’enjeu anthropologique

e.      L’intégration de l’Afrique dans les Jeux Olympiques : enjeux coloniaux et postcoloniaux

l’Afrique et les Jeux Olympiques avant les décolonisations

l’Afrique et les Jeux Olympiques après les décolonisations

f.        Les Jeux olympiques dans et après la Guerre froide

les États-Unis et les Jeux Olympiques

l’URSS et les Jeux olympiques

g.      Les impacts sociétaux et économiques des Jeux Olympiques 

logique économique des Jeux à l’ère de la financiarisation

l’impact des Jeux paralympiques de Londres 2012

Débat et échange avec le public et les 8 intervenants

Témoignage « grands témoins » et mise en perspective de la session 

 

17h00 Session 3 : Enjeux mondiaux et sociétaux de l’olympisme

h.   Valeurs et olympisme : étapes historiques 

partenariats et société : les mutations d’un discours

l’amateurisme selon Avery Brundage

les nouvelles valeurs olympiques

i.    La neutralité, à quel prix ? 

les débats dans la presse internationale au moment de Berlin 1936

les Jeux de Pékin : enjeux politiques et symboliques 

les boycotts au temps de la Guerre froide : l’exemple de Moscou 1980

j.    L’olympisme face à la diversité, au genre et à la parité 

 le CIO et les tests de féminité

 le CIO et la question du racisme. Le cas de l’Afrique du Sud

 la parité et la diversité, les faces complexes d’un débat olympique 

Débat et échange avec le public et les 9 intervenants

Témoignage « grands témoins » et mise en perspective de la session 

 

19h30 Conclusion et perspectives