La Grande Muraille verte

Gilles Boëtsch est anthropologue, directeur de recherche émérite au CNRS et ancien président du conseil scientifique du CNRS. Actuellement, il travaille sur les relations entre environnement, santé et sociétés en Afrique de l’Ouest (IRL ESS), ainsi que sur le projet panafricain de la Grande Muraille verte en tant que co-directeur de l’Observatoire hommes-milieux international (OHMI) Téssékéré. Il a également publié en tant qu’auteur ou co-directeur de nombreux ouvrages comme Le racisme en images. Déconstruire ensemble (La Martinière, 2021) ou Sexe, race & colonies (La Découverte, 2018). Quant à Priscilla Duboz, elle est ingénieure de recherche au CNRS et coordinatrice, depuis 2013, de l’OHMI. Elle travaille principalement sur les relations entre la santé des populations et leurs environnements physiques et culturels. Avec Aliou Guisse et Papa Sarr, ils ont publié La Grande Muraille verte. Une réponse africaine au changement climatique (2019) sur ce vaste projet révolutionnaire mis en place par une quinzaine de pays africains du Sahel pour combattre la désertification grâce à une gestion durable des ressources naturelles.

L’Observatoire hommes-milieux international Téssékéré rassemble chaque année des experts et chercheurs de nombreuses disciplines pour une université d’été à Widou Thiengoly, au Sénégal, pour faire un bilan des derniers travaux concernant la Grande Muraille verte et échanger sur la lutte contre la désertification et les effets du changement climatique.

Sur près de 8.000 kilomètres de long 15 kilomètres de large, et à travers onze pays différents, la Grande Muraille verte protège de la désertification et de l’épuisement des ressources au Sahel. Cet ambitieux programme de reboisement, démarré il y a 15 ans, fait l’objet de suivis scientifiques, notamment de la part de l’Observatoire hommes-milieux international Téssékéré qui assure des missions de formation et de recherche sur des thématiques comme l’adaptation de la biodiversité, animale et végétale et au changement climatique, la santé des populations, leur utilisation des plantes ou de nouvelles ressources économiques générées par les produits forestiers.

« Nous tenons chaque année une université d’été en Afrique, mais, depuis l’an dernier, nous l’organisons à Poitiers à cause du covid, précise Gilles Boëtsch, directeur de recherche émérite au CNRS et co-directeur de l’OHMI. Cet événement nous permet de faire le point sur de nombreuses questions liées à la Grande Muraille verte : biodiversité, agriculture, l’accès à l’eau et à l’hygiène… » L’université d’été de l’OHMI s’est ainsi déroulée à Poitiers du 4 ou 8 juillet 2022, avec le soutien de l’Institut Balanitès (Poitiers), de l’ENSI Poitiers, de l’Université de Poitiers, du CNRS, de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), de l’Espace Mendès France et du CHU de Poitiers. Une belle occasion pour les chercheurs de l’OHMI de présenter leurs travaux et d’inviter d’autres acteurs et experts de la lutte contre les effets du changement climatique et de la désertification. « L’OHMI est un véritable laboratoire à ciel ouvert où se rencontrent des chercheurs du Nord et du Sud, se réjouit Aliou Guissé, professeur à l’UCAD et co-directeur de l’OHMI, mais notre recherche ne doit pas rester dans les tiroirs, nous avons donc avant tout organisé cette université d’été pour partager nos résultats. » 

L’université d’été a également été l’occasion de réfléchir à un projet d’université ouverte panafricaine dédiée à la Grande Muraille verte, pour étendre le modèle de coopération scientifique qui fonctionne au Sénégal à des pays tels que le Burkina Faso, le Niger ou le Tchad. « De nombreuses organisations académiques, étatiques et des ONG gravitent autour de la Grande Muraille verte, et nous cherchons un nouveau moyen de faire circuler les informations entre les différents points de recherche », précise Gilles Boëtsch.

Enfin, l’université d’été de l’OHMI, qui a accueilli Antoine Petit, président-directeur général du CNRS, ou encore d’Agathe Euzen, directrice adjointe scientifique de l’Institut écologie et environnement du CNRS (INEE), a permis de discuter de coopération internationale entre l’Europe et l’Afrique. « L’IRL ESS et l’OHMI sont des contre-exemples de ce qui s’est longtemps fait, car les relations entre le CNRS et les universités africaines impliquées sont quotidiennes », insiste Priscilla Duboz.

« Le partenariat entre le CNRS et les différentes tutelles de l’IRL ESS prouve qu’un cadre formel peut parfaitement contribuer au développement de la recherche et de l’enseignement, abonde Lamine Gueye, directeur de l’RIL ESS, nous avons ainsi formé sur place une trentaine de docteurs issus du Sénégal, du Mali et du Burkina Faso. Il est essentiel de donner des moyens et des compétences à l’Afrique afin qu’elle atteigne une masse critique de talents. »